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Le conseiller federal Ignazio Cassis pose pour les photographes lors de la rencontre avec la population biennoise a la patinoire de l'eisplanade, ce vendredi, 12 janvier 2018, a Bienne. (KEYSTONE/Cyril Zingaro)

Conseil fédéral

Ignazio Cassis, cent jours déconcertants

Le conseiller fédéral tirera jeudi, au Tessin, le bilan de ses cent premiers jours au gouvernement. Le volubile PLR s’est inscrit en rupture durant sa période probatoire, témoignant d’un naturel presque insouciant

Se taire et observer. En Suisse, la tradition veut qu’un nouvel élu au Conseil fédéral suive un jeûne médiatique durant ses cent premiers jours au gouvernement, période durant laquelle il fait connaissance avec son équipe et son département. Très peu pour Ignazio Cassis. Le Tessinois a choisi la rupture. Le PLR a pris les rênes du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) le 1er novembre. Il fera jeudi à Lugano le bilan de ses cent jours. Mais le citoyen l’a déjà vu et entendu à la rencontre annuelle de l’UDC à l’Albisgüetli, en marge du Forum économique mondial de Davos la semaine dernière et à travers différentes interviews distillées au gré de ses visites. S’il est une première impression qui se dégage de sa prise de fonction, c’est bien celle-ci: Ignazio Cassis aime parler. Il se voit pour l’instant comme le liant entre la population suisse et un département aux stratégies parfois confuses pour le commun des mortels.

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Sous forte pression

Le ministre PLR a des circonstances atténuantes. La pression sur ses épaules était forte à son entrée en fonction. Elle s’est encore accrue en décembre lorsque la Commission européenne a décidé d’accorder une équivalence à la bourse suisse limitée à un an, conséquence d’un pataquès politique inédit. Il revient ainsi au Tessinois de trouver au sein du Conseil fédéral un dénominateur commun sur l’Europe, soutenu si possible par une majorité des partis. Il veut trouver le bon narratif.

Mais communiquer comment, et sur quoi? Ignazio Cassis a donné l’impression de réfléchir à haute voix ces trois derniers mois, à tel point que ses contradicteurs n’ont pas non plus attendu la fin de sa période probatoire pour attaquer. Le président du Parti socialiste suisse Christian Levrat a utilisé une formule qui a marqué en le qualifiant de «stagiaire». Le conseiller aux Etats Beat Vonlanthen (PDC/FR) se montre patient jusqu’à un certain point: «Cela ne me dérange pas qu’il ait réfléchi à haute voix jusqu’ici. Il était important qu’il prenne le dossier en main tout de suite. Mais dès le 31 janvier, j’attends du gouvernement qu’il défende d’une seule voix une position claire et consistante.»

Prisonnier du «reset»

Ignazio Cassis a été rattrapé par ses propres promesses. A force de répéter dans la course au Conseil fédéral qu’il ferait un «reset» dans le dossier européen, il semble en être devenu prisonnier. La Berne fédérale bruisse de boutades sur ce fameux «reset», dont le bouton reste introuvable. Le Tessinois a bien dû s’expliquer lors de ses apparitions publiques. Il semble avoir trouvé un nouveau vocabulaire, parlant d’accord d’accès au marché plutôt que d’accord-cadre ou d’accord institutionnel, termes qu’il juge empoisonnés. Une réorganisation de son département devrait aussi faire partie de son «reset». En revanche, sur le contenu souhaitable d’un accord chapeau avec l’UE, son calendrier et son importance, il est resté ambigu. L’UDC, qui l’a élu, s’impatiente. «Dans notre groupe, il a soulevé beaucoup d’espoirs. Il a dit: «Avec moi, il n’y aura ni juges étrangers, ni accord colonial.» Je lui fais confiance et j’attends, après cent jours, le résultat de son travail. Mais jusqu’à présent, les déclarations n’ont amené que de la confusion», confie le conseiller national Marco Chiesa (UDC/TI).

L’adhésion éclair à Pro Tell

L’ambiguïté d’Ignazio Cassis sur sa ligne vis-à-vis de l’UE décontenance aussi les autres partis et son propre département. Le Tessinois se déclare certes partisan de la voie bilatérale. Mais cela ne l’a pas empêché d’adhérer, neuf jours avant son élection, au lobby des armes Pro Tell, dont les membres estiment que la Suisse doit au besoin dénoncer l’accord de Schengen.

Le Tessinois a-t-il donné des gages à l’UDC? Lesquels? Ignazio Cassis a démissionné de Pro Tell à la suite de ces révélations survenues avant même son entrée en fonction. Mais de sa ligne sur l’Europe dépendra aussi celle de son parti. «La position du PLR est très claire: les accords bilatéraux sont essentiels pour la Suisse et ont amené la prospérité à notre pays. Ensuite, il y a des nuances à l’interne, indique Laurent Wehrli (PLR/VD). Nous allons en parler lors d’un séminaire début février. Je nous vois mal déterminer une ligne totalement opposée à ce que dira notre conseiller fédéral.»

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Les petites phrases maladroites

Si Ignazio Cassis met sa priorité sur la politique européenne – il y consacrerait 50% de son emploi du temps – la politique étrangère de la Suisse ne se limite pas à Bruxelles. Défense des droits humains, bons offices, aide humanitaire: durant ses cent premiers jours, le conseiller fédéral n’a pas ménagé les surprises pour son personnel. Il a rompu avec la tradition en faisant sa première visite non pas à Vienne mais à Rome, y voyant un symbole fort pour la Suisse italienne. Manque de bol: son homologue italien ne fera pas partie du nouveau gouvernement.

L’importance de la Genève internationale dans la politique extérieure de la Suisse semble aussi lui avoir échappé malgré dix ans au Conseil national. En visite début décembre au bout du lac, l’ancien médecin confiait innocemment à la Tribune de Genève avoir découvert, «tout un écosystème», avec «des centaines d’ONG et une quarantaine d’organisations internationales». Mais d’insister sur le fait que c’est «l’argent des citoyens suisses» qui est en jeu aussi lorsqu’on parle de Genève internationale. Avant Noël, il s’est adressé au personnel de la Direction du développement et de la coopération (DDC) avec un message similaire. «Les cadres de la DDC ne sont pas enthousiastes à son égard. Cela dit, ils sont aujourd’hui moins en souci qu’avant Noël», affirmait un observateur proche en marge du WEF à Davos.

Le conseiller fédéral se fait la main. Reste à trouver les bons mots. Pour qualifier les rencontres qu’il a eues à Davos avec des ministres des Affaires étrangères du Moyen-Orient – poudrière du monde – Ignazio Cassis a ainsi parlé d’«une bonne bouffée d’oxygène par rapport au quotidien, qui est occupé par l’UE». Les rencontres et le terrain forment la sensibilité d’un ministre des Affaires étrangères, veut-on croire au DFAE.

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