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Christoph Blocher et Ignazio Cassis.
© WALTER BIERI/KEYSTONE

Suisse-UE

Ignazio Cassis en funambule à l'Albisgüetli

Devant l’UDC à Zurich, le ministre nouvellement élu a évolué sur la corde raide, s’inscrivant dans la politique du Conseil fédéral tout en lançant quelques slogans qui ont plu à son public

Ignazio Cassis à l’Albisgüetli, la grand-messe de l’UDC zurichoise! L’affiche était prometteuse, constituant un premier test politique pour le nouveau conseiller fédéral, qui n’a pas encore fêté ses cent jours à la tête du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Le Tessinois, élu en septembre dernier grâce au soutien décisif de l’UDC, allait-il adopter une ligne proche de celle de ce parti dans le dossier européen ou, au contraire, s’en distancier clairement? Son discours a tenu de l’exercice de haute voltige. Ignazio Cassis a fini par retomber sur ses pieds en limitant la prise de risques.

Accueilli par une ovation comme s’il était membre de l’UDC, le conseiller fédéral PLR a mis d’emblée les rieurs de son côté. «J’aurais eu une bonne excuse pour décliner votre invitation. Je suis encore en stage au Conseil fédéral», a-t-il souri, faisant allusion à la critique du président du Parti socialiste, Christian Levrat. Le «stagiaire» s’est plutôt bien débrouillé, même s’il s’en est tiré avec quelques pirouettes. Plutôt que d’exprimer ses convictions profondes, il s’est lancé dans une explication de la politique européenne parfois un brin scolaire.

L'heure du «reset»

Lors de sa course au Conseil fédéral, au détour d’une énième interview, Ignazio Cassis a créé le néologisme politique suisse de l’année 2017: le «reset». La formule, qui collait parfaitement à l’époque de la révolution numérique, a d’emblée fait un tabac, notamment à l’UDC, qui ne supportait plus la politique trop «europhile» de Didier Burkhalter. Reste à savoir ce qu’elle recouvre. Ce vendredi, on en sait un peu plus, mais pas beaucoup. Ignazio Cassis a souligné la nécessité d’une politique européenne garantissant stabilité et sécurité du droit. Abordant la grande question qui fâche avec l'UE, celle de l’accord institutionnel pour régler les différends, il a déclaré qu’il renonçait au terme «d’accord- cadre», devenu un «vilain mot». Il lui préfère dorénavant l’expression «accord d’accès au marché européen», à connotation plus positive.

Durant une demi-heure, Ignazio Cassis a évolué sur la corde raide. D’une part, il s’est inscrit dans l’objectif du Conseil fédéral. Pour les accords d’accès au marché, il est normal de se plier au droit communautaire. «Serait-il acceptable pour vous qu’un automobiliste roulant trop vite sur une autoroute suisse invoque le fait que la vitesse n’est pas limitée dans son pays?» Il est donc normal de respecter l’avis de la Cour européenne de justice dans ces cas. En revanche, la Suisse et l’UE ont aussi signé des accords relevant d’un droit qui leur est commun, comme celui sur le transit alpin. «Pour ceux-ci, le recours à une cour indépendante serait une option intéressante», a indiqué Ignazio Cassis.

La réponse cinglante de Blocher

S'il a enfilé son nouveau costume de conseiller fédéral, le Tessinois a d'autre part rappelé le candidat qu'il était en septembre dernier en recourant à des slogans de campagne dont il savait qu’ils plairaient à son public d’un soir. «Nous ne voulons pas de juges étrangers qui piétinent le droit suisse. Il est aussi exclu que la Suisse reprenne du droit communautaire de manière automatique», s’est-il exclamé, s’attirant une salve d’applaudissements nourris.

Il faudra encore attendre 15 jours, soit l'événement médiatique qui marquera ses cent jours d'entrée en fonction, pour mieux cerner la politique européenne du nouveau patron du DFAE. Dans l’immédiat, celui-ci a appelé tous les partis à «presser ensemble sur le bouton «reset», y compris l’UDC».

De ce fameux bouton, le patriarche de l’UDC Christoph Blocher n’a pas parlé une seconde. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas prêt à entrer en matière. Ayant appris le nouveau terme utilisé par Ignazio Cassis pour désigner l’accord institutionnel, le tribun de Herrliberg s’en est moqué: «C’est plutôt d’un accord de suppression de la démocratie directe suisse qu’il faudrait parler.» Que faire dans ce contexte? «Approuver dans un premier temps l’initiative de l’UDC pour la primauté du droit suisse, puis nettoyer les écuries d’Augias de la Berne fédérale lors des prochaines élections de 2019.» Agé de 76 ans, Christoph Blocher est apparu en grande forme lors d'un discours d'une heure et 13 minutes, mais il a souvent évolué dans l'excès. A l'en croire, la Suisse est au bord du «coup d'Etat»!

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