Le PLR tessinois Ignazio Cassis, 60 ans, présidera donc la Confédération pour la première fois en 2022. L’Assemblée fédérale l’a élu par un assez maigre score de 156 voix sur 197 bulletins valables. «Quant à la vice-présidence, c’est Alain Berset qui a été élu. Le socialiste a récolté 158 voix. Lui aussi fait face à un mouvement d’humeur du parlement puisqu’il y a 20 bulletins blancs et 13 nuls. Le Fribourgeois sera donc président en 2023, pour la dernière année de cette législature. Il avait déjà accédé à cette fonction en 2018», rappelle 20 Minutes.

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Mais la palme de «la plus mauvaise élection de ces 20 dernières années revient […] toujours à Micheline Calmy-Rey. La socialiste genevoise, qui était à la tête du DFAE elle aussi, n’avait obtenu que 106 voix lors de sa 2e présidence de la Confédération en 2011, du jamais vu depuis 1919.» En attendant, Ignazio Cassis succède donc aussi «dans la mauvaise humeur», écrit le quotidien gratuit, à l’UDC vaudois Guy Parmelin, dont personne ne prévoyait il y a une année, avec son côté bonhomme et terrien en faveur du chasselas au Tessin, qu’il ferait preuve d’autant de charisme et de collégialité, particulièrement aux côtés d’Alain Berset, l’homme fort de l’exécutif fédéral en ces temps de pandémie.

Alors après tout, à la faveur d’une potentielle révélation dans la fonction, pourquoi ne serait-il pas «l’homme qu’il faut pour la cohésion» du pays, ce qui est la tâche principale du primus inter pares? se dit le Corriere del Ticino. Qui insiste sur «un fil ténu qui relie la dernière présidence» d’un Suisse italophone, celle de Flavio Cotti, il y a presque un quart de siècle. Tous deux se retrouvent «à la veille de leur mandat en pleine crise. Pour Cotti, la crise économique de la seconde moitié des années 1990, qui avait suscité des inquiétudes pour l’avenir et accentué les tensions internes […]. Et pour Cassis, la crise pandémique, accompagnée de soucis de cohésion sociale, avec ses conséquences possibles sur les institutions […], des dérives et une forte nervosité» pendant la campagne électorale qui a précédé la votation sur la loi covid du 28 novembre dernier.

Outre-Gothard encore – comme le Telegiornale de la RSI (ci-dessus) qui en fait un sujet de fierté cantonale et linguistique – La Regione écrit que le président Cassis va se mettre «au chevet de la Suisse», pour «faire la paix dans un pays divisé par la pandémie. […] Comme Flavio Cotti en 1998, il se retrouve à devoir occuper ce poste en sortant un peu épuisé d’une gestion de politique étrangère semée d’embûches. Pour Cotti, c’était la question des fonds juifs […]. Pour Cassis, il y a le problème de la rupture avec l’Union européenne. […] Il faut dire que, probablement, ce conflit n’est pas seulement imputable au Tessinois, mais aussi à l’UDC europhobe unie, grâce à de petites opportunités politiques, à des représentants d’autres partis, et qu’il n’a pas aidé le PLR tessinois à remporter une élection particulièrement brillante si on la compare aux 188 voix obtenues par Guy Parmelin il y a une année.»

«Ignazio Cassis pourrait bien tenir là le rôle de sa vie», aux yeux de la très respectée Neue Zürcher Zeitung, qui a tendance à considérer que c’est une chance pour un parti, le PLR, en pleine crise. Et même s’il «est régulièrement considéré comme le membre le plus impopulaire du gouvernement dans les sondages, cela ne veut pas dire qu’il sera un mauvais président de la Confédération. […] Quoique les Tessinois soient les bienvenus aux célébrations du 1er Août, mais que politiquement, ils ne soient apparemment pas entièrement dignes de confiance en Suisse alémanique.»

N’empêche, il «donne le ton». Au Blick qui lui demande s’il serait «judicieux de décréter la vaccination obligatoire pour des groupes spécifiques de la société», il répond logiquement que «la vaccination obligatoire n’est pas en discussion en Suisse pour le moment. Mais en tant que médecin, [il sait] qu’une obligation de vaccination pourrait être nécessaire. Elle devra toutefois être proportionnée. Il faudra s’y résoudre si la situation épidémiologique l’exige, mais ce sera une atteinte importante à la liberté individuelle. C’est pourquoi il faut trouver le bon équilibre. Pour l’instant, ce n’est pas nécessaire»…

… Mais il y a eu, dans l’histoire, des maladies transmissibles qui ont conduit à des vaccinations obligatoires.

Le Tages-Anzeiger est aussi optimiste: «Au cours de son année présidentielle, Cassis veut souligner la diversité de la Suisse et la cohésion interne du pays», indique-t-il après avoir écouté son discours d’intronisation. «Les précédents présidents de la Confédération avaient bien sûr également cet objectif. Mais en tant que représentant de la Suisse italienne, Cassis pourra sans doute s’exprimer de manière un peu plus crédible sur le rôle et les sensibilités des minorités que, par exemple, un Suisse alémanique.»

Sur l’Europe, il y a déjà un mois, la Tribune de Genève et 24 Heures avaient prévenu: «La critique est aisée et Ignazio Cassis un bouc émissaire facile. La vérité, c’est que les euroturbos de tout poil, mortifiés par l’échec de l’accord-cadre, poursuivent leur rêve éveillé d’une adhésion de la Suisse à l’EEE ou même à l’UE. Or le train est passé et il n’y a aucune majorité populaire pour un tel dessein. Certes, la Suisse n’a toujours pas présenté une alternative à l’accord-cadre. Mais si elle le fait trop tôt, elle va au casse-pipe.»


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