Suisse-UE

Ignazio Cassis a trouvé trois boutons «reset»

Le Conseil fédéral a posé mercredi les bases de sa nouvelle politique européenne. Le nouveau ministre Ignazio Cassis débute son opération communication tout en grondant la presse

Sur le fond, rien ne change. Le Conseil fédéral a longuement discuté de sa politique européenne mercredi avec son nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis. Il en arrive à une conclusion principale: il aimerait développer ses relations politiques et commerciales avec l’Union européenne (UE). Dans ce but, il est intéressé à conclure un accord-cadre institutionnel avec l’UE.

Sur la forme, Ignazio Cassis, qui avait promis d’appuyer sur le bouton «reset», a indiqué mercredi soir devant les médias avoir trouvé non pas un seul bouton mais trois. Il parle d’une réorientation de la stratégie au niveau organisationnel, en termes de communication, et sur le plan du contenu de l’accord institutionnel.

Percée en 2018

Au niveau organisationnel, le Conseil fédéral a nommé Roberto Balzaretti comme négociateur principal de la Suisse auprès de l’UE avec le titre de secrétaire d’Etat. En matière de communication, Ignazio Cassis s’est donné pour mission de trouver un nouveau narratif pour convaincre les Suisses. «Avec le Conseil fédéral, nous sommes conscients que nous devons expliquer jour après jour notre politique européenne et que nous pouvons être clairement meilleurs», a-t-il affirmé. Après des semaines de cacophonie politique sur l’Europe, le Tessinois a ainsi voulu faire preuve d’autorité et de pédagogie en rappelant les bases de l’affaire.

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Cet accord institutionnel – qui viendrait chapeauter non pas l’ensemble de la voie bilatérale, mais les accords clés d’accès au marché – est un «instrument» qui doit ouvrir à la Suisse et à ses entreprises de nouvelles opportunités dans une UE à 500 millions de consommateurs, a-t-il expliqué. «Mais le fait que le Conseil fédéral veuille un accord-cadre ne signifie pas du tout qu’il veuille n’importe quel accord!» insiste le PLR.

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Sur le calendrier, il n’y aura pas de conclusion des négociations d’ici avril, a affirmé le ministre, contredisant l’agenda du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Cela dit, le gouvernement a identifié une fenêtre d’opportunités en 2018. Il compte tenter sa chance, sachant que 2019 sera une année d’élections tant en Suisse que dans l’Union européenne. «Si ça marche, très bien, sinon tant pis. Nous nous remettrons au travail plus tard», a-t-il affirmé, avant de s’adresser directement aux journalistes: «Plus une négociation est discutée tous les jours dans les médias, moins elle est efficace. Je vous demande de considérer cette réalité», a affirmé le libéral-radical, suscitant des haussements de sourcils dans la salle.

Eloigner les «juges étrangers»

Reste le dernier «reset», celui du contenu de l’accord-cadre. C’est le domaine dans lequel Ignazio Cassis s’est montré le plus vague si ce n’est sur un point: le gouvernement est bien décidé à éloigner le spectre des «juges étrangers» tant décriés par l’UDC, au moins sur le plan psychologique. Autrement dit, le Conseil fédéral examine de nouvelles approches quant au règlement des différends entre la Suisse et l’UE. «Nous avons des idées sur la manière d’avancer à notre avantage», affirme Ignazio Cassis.

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Le gouvernement mènera une prochaine discussion consacrée à la politique européenne le 21 février prochain. Il compte aussi déterminer d’ici là les accords sectoriels qu’il souhaite pouvoir conclure à moyen ou long terme avec l’UE. Ignazio Cassis: «Que voulons-nous, sachant que l’accord-cadre n’est pas un but en soi mais un moyen pour avoir accès au marché? Sommes-nous toujours intéressés par un accord sur l’électricité? Quel accès souhaitons-nous pour quels services?» Sur cette base, le Conseil fédéral étudie des options pour négocier, en parallèle à l’institutionnel, de nouveaux traités d’accès au marché européen.

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Cela reprend l’idée des bilatérales III, qui a transpiré dans la presse ces derniers temps. Bien que l’UE fasse de l’institutionnel un préalable à tout nouvel accord d’accès au marché, Ignazio Cassis estime qu’il faut désormais oser davantage de «créativité» et de «fantaisie». Il écarte l’idée de changer le mandat de négociation initial et ses lignes rouges, notamment sur les mesures d’accompagnement, mais parle d’une possible extension de ce mandat.

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