Conseil fédéral

Ignazio Cassis, un favori qui n’a pas tout pour plaire

Le nom du Tessinois est cité par toute la presse pour succéder à Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Mais il ne fait pas l’unanimité au parlement, où on le juge trop proche du lobby des caisses maladie

Et si Ignazio Cassis, que tout le monde voit prendre la succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral, trébuchait? Même s’il n’a pas encore déclaré sa candidature, le Tessinois, désigné favori à ce stade de la campagne, présente aussi quelques failles. A commencer par sa position sur la réforme de la prévoyance vieillesse 2020.

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Jusqu’au bout, Ignazio Cassis, président de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS) au Conseil national, s’est battu contre l’idée d’une hausse de 70 francs pour les nouvelles rentes AVS. Par contre, au nom du PLR, il aurait souhaité introduire un mécanisme pour relever automatiquement l’âge de la retraite en cas de péjoration du financement des rentes. Il a perdu. Mais il devra assumer sa position lors de la campagne qui précède la votation populaire, prévue le 24 septembre. Son opposition au projet l’exposera à des débats qui s’annoncent houleux face à la gauche et au PDC.

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La menace

D’ailleurs, on se souvient de la tension qui régnait en mars dernier au parlement entre les deux camps. A tel point que Christian Levrat, président du Parti socialiste, avait pris à partie le Tessinois, le menaçant de «conséquences personnelles». Une allusion directe à l’intérêt d’Ignazio Cassis pour le Conseil fédéral.

Les deux hommes se sont expliqués depuis. Mais les faits demeurent et Christian Levrat le déclare ce jeudi: «Je ne vais ni nourrir les spéculations, ni me prononcer sur chaque candidature potentielle. Ce n’est pas à nous d’établir un profil idéal. Au sein du groupe parlementaire, nous discuterons de la succession de Didier Burkhalter à partir de la mi-août. Ce que je peux dire par contre, c’est que la capacité à faire des compromis sera un critère». Suivez son regard…

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Trop proche des assurances

Pour la gauche, Ignazio Cassis est aussi trop proche des assurances. Le médecin tessinois préside en effet Curafutura, association regroupant plusieurs caisses maladie. Regula Rytz, présidente des Verts, enfonce le clou: «Il manque de clarté dans les positions qu’il exprime. On ne sait jamais qui il représente vraiment», critique la Bernoise. Une confusion des rôles qu’elle a surtout notée lors du débat sur la réforme des rentes. Ignazio Cassis était-il conseiller national PLR, chef de son groupe parlementaire, président de la CSSS ou porte-parole de certains lobbies? «Il n’a pas su différencier les différents intérêts qu’il représente. Donc pour moi, il manque tout simplement de sensibilité pour les règles institutionnelles», déclare encore Regula Rytz.

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Vingt-quatre heures à peine après l’annonce de la démission de Didier Burkhalter, les premières attaques contre le favori n’étonnent personne. Allergique aux assureurs, «la gauche tente de pousser le conseiller d’Etat tessinois Christian Vitta», analyse le conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS).

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Où sont les femmes?

Mais d’autres voix trouvent encore un défaut à Ignazio Cassis: il n’est pas une femme. «Il faudra thématiser cette question», insiste Regula Rytz. La présidente des Verts estime que le PLR doit favoriser une candidature féminine. Et pour cause: «Avec actuellement deux conseillères fédérales, les femmes sont déjà sous-représentées. Et on sait que Doris Leuthard va aussi s’en aller ces prochaines années. Il n’y aurait alors plus qu’une seule femme: Simonetta Sommaruga.» Raison pour laquelle la présidente des Verts estime que le Tessin a de la concurrence. «Il y a d’autres minorités», conclut-elle, précisant qu’elle verrait d’un bon œil la candidature d’une femme romande.

Tout est ouvert. Les Femmes PLR ne formulent pas d’exigences. Dans un communiqué, elles indiquent juste qu’elles entendent être représentées au Conseil fédéral cette fois ou lors du départ de Johann Schneider-Ammann.

A la fin, c’est notre groupe parlementaire qui décidera du nombre et des personnes qui seront présentées à l’Assemblée fédérale.

Petra Gössi, présidente du PLR

La présidente du PLR, Petra Gössi, et le vice-président, Christian Lüscher, ont annoncé la procédure de sélection jeudi à la presse. A ce stade, les critères ne mentionnent pas spécifiquement le Tessin ou le genre. Petra Gössi a insisté sur le fait que ce doit être une «candidature latine», même si toutes les sections cantonales sont libres de proposer quelqu’un. Il n’y aura pas de commission de sélection, mais un comité chargé d’examiner si les profils des intéressés sont adéquats. «Et à la fin, c’est notre groupe parlementaire qui décidera du nombre et des personnes qui seront présentées à l’Assemblée fédérale.»

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Les candidats ont jusqu’au 11 août pour se déclarer. Le groupe parlementaire libéral-radical se prononcera le 1er septembre. Les autres groupes auront ainsi le temps de se positionner. La session d’automne commence le 11 septembre et l’élection est prévue le 20 septembre.


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