Le geste est incisif, résolu: d’un revers de la main, Ignazio Cassis balaie les cubes de couleur posés sur la table et les catapulte au sol. Dans l’auditoire, étudiants et journalistes sursautent légèrement, surpris et amusés. Nous sommes au début 2018 à l’Université de Lugano, et le nouveau ministre des Affaires étrangères n’hésite pas à se hasarder hors des sentiers battus pour lancer son offensive sur l’accord-cadre institutionnel avec l’Union européenne (UE). Il en a bien besoin: les négociations sont embourbées, son prédécesseur Didier Burkhalter a jeté l’éponge, et le spectre de la Cour de justice de l’UE hérisse le poil des milieux souverainistes comme syndicalistes.