Quelle existence la jeune châtelaine de Middes menait-elle pour être assassinée dans la pénombre des combles de sa demeure fribourgeoise? Etait-elle harcelée par son amant qui lui demandait de l'argent? Etait-elle «rudoyée» par son riche compagnon, un notaire de 27 ans son aîné? C'est le procès d'un crime romanesque qui s'est ouvert lundi devant le Tribunal pénal de la Glâne. Le meurtrier est toutefois resté prostré dans ses silences.

Au soir du 20 novembre 1997, Nathalie n'a pas échappé au tragique destin qu'elle s'était elle-même prédit. La jeune femme de 26 ans est tombée sous les six balles tirées à bout portant par Farouk (prénom fictif), l'ami algérien qui venait régulièrement la voir au château. Constatant que celui-ci avait été cambriolé, le compagnon de Nathalie a découvert son corps deux heures plus tard, en fouillant la grande propriété avec deux policiers.

A l'époque, l'affaire avait pris une envergure exceptionnelle, mobilisant plus d'une trentaine d'inspecteurs de police. Le châtelain, un notaire bernois de 53 ans, était apparu comme le premier suspect. Une trentaine de connaissances du couple ont toutefois continué à être entendues. Seul un proche pouvait en effet avoir pénétré dans l'enceinte du château sans inquiéter les trois molosses lâchés dans le parc.

Le meurtrier, un Algérien de 34 ans, a finalement été confondu quelques jours plus tard par l'empreinte de ses chaussures, sous lesquelles du verre et du sang de la victime ont été décelés. Les enquêteurs ont aussi retrouvé le ticket d'achat d'une scie à métaux dans un supermarché français. Face aux preuves, l'auteur, qui était venu voir la victime 30 à 40 fois – soit deux fois par semaine, durant la journée –, avait fini par avouer.

L'homme, sans activité, vivait auparavant avec un ami homosexuel, et s'était par la suite marié à Genève avec une Suissesse. Il n'est jamais parvenu à expliquer ce qui s'était passé le soir du meurtre: «La discussion a dégénéré; Nathalie pensait que ma femme était en Algérie. Elle m'a menacé et a sorti un pistolet. Je courais après elle pour discuter, mais elle répétait Je vais te tuer», dit Farouk; bien que ce soit lui qui se soit trouvé l'arme à la main.

Pourquoi? Comment? Le meurtrier retombe dans ses soupirs. Après le crime, il aurait dérobé deux pendules, un tableau du XVIIIe siècle, et de la petite monnaie. Il les aurait ensuite jetés depuis sa voiture dans une forêt. L'Algérien ne peut non plus expliquer le vol des 12 caisses de grands vins qu'il avait emportées lors de visites précédentes. Des grands crus estimés à 30 000 francs par le châtelain qui les collectionnait, et revendus 6000 francs par le voleur, par le biais d'une petite annonce mise par sa femme, aujourd'hui accusée de recel.

Farouk affirme que c'est Nathalie qui lui avait demandé de prendre ce vin. Il ne peut pas non plus expliquer pourquoi, au cours de ses visites, il a dérobé 137 pièces d'argenterie. Ce service, qu'il a admis avoir volé, il l'avait ensuite offert à sa femme pour Noël.

Le portrait de la victime n'est lui non plus pas aisé à dessiner. La jeune femme semblait avoir suffisamment d'argent pour ne pas devoir vendre les précieux vins de son compagnon. Si les derniers mois, elle semblait manquer d'économies, elle achetait néanmoins souvent des parfums de luxe pour plusieurs milliers de francs.

A en croire ses parents, la jeune femme, jadis gaie, gentille et trop généreuse, était devenue triste et n'était pas heureuse de la vie qu'elle menait. Déjà traumatisée par le suicide de son frère, elle s'imaginait pour elle-même une mort violente et proche. Trop bonne, elle donnait certainement, selon ses proches, de l'argent à son amant algérien. «A chaque fois, elle pleurait parce qu'il lui en demandait», affirme quant à lui le jardinier de la propriété.

Ses parents sont également convaincus que son ami notaire la rudoyait et se montrait violent avec elle. Ce que répètent d'ailleurs l'accusé et sa femme. «Elle était prise entre le marteau et l'enclume, ma gosse», lâche son père.

Le notaire quinquagénaire dément vivement avoir maltraité cette femme, qu'il considérait «comme le rêve de tout homme», et dont il avait fait sa «maîtresse de maison». Pour lui, sa compagne était une femme intelligente et gentille, mais aussi d'une naïveté incroyable. Elle vivait dans un autre monde, fabulait parfois. Les derniers temps, elle faisait aussi des cauchemars et semblait vivre sous pression. Les 29 témoins qui doivent être entendus aideront peut-être à mieux la comprendre.