Le photographe Yann Mingard a mené une année d’enquête sur la pollution au mercure en Valais. Son projet fait partie des candidats au Greenpeace Photo Award 2014, réalisé en partenariat avec le magazine GEO.

Le Temps: Pourquoi vous intéressez-vous à la pollution au mercure dans le Haut-Valais ?

Yann Mingard : En tant que photographe, je suis souvent allé chercher des sujets à l’étranger. J’ai par exemple travaillé sur la pollution pétrolière au Kazakhstan. Au début 2014, quand j’ai découvert que cette pollution au mercure était la plus importante de Suisse, cela m’a paru important. D’autant que j’ai des liens avec le Valais où je passe souvent mes vacances et où j’enseigne à l’Ecole cantonale d’art du Valais (ECAV).

Comment allez-vous rendre compte, par la photographie, d’une pollution invisible ?

Cela va être un challenge intéressant. Je travaille en collaboration avec l’anthropologue et curateur Lars Willumeit. Nous nous sommes dit que cette pollution date de plusieurs décennies, on en a connaissance depuis les années 70, et que l’une des recherches intéressantes consiste à se plonger dans les archives. J’ai envie d’intégrer quelques images emblématiques qu’Eugène Smith a réalisées à Minamata, au Japon, pendant la très grave contamination au mercure des années 70. Il a par exemple des photographies de chats malades qui se suicident en se jetant à la mer. Par ailleurs, la télévision suisse a beaucoup d’archives des années 70 sur Lonza et la pollution au mercure en Valais et dans les eaux du Léman.

L’autre aspect de mon travail consistera à donner à voir les détails, comme les jardins laissés en friche pour cause de pollution, les places de jeux abandonnées parce qu’interdites, les piscines et les étangs qui sont vides… Je souhaite aussi faire des portraits des agriculteurs qui sont très concernés, des groupements citoyens qui s’interrogent sur les dédommagements auxquels ils auront droit et sur les conséquences pour leur santé. Et rendre compte du fait que le tiers de la population de la région travaille pour Lonza.

Vous faîtes un travail d’investigation…

Oui. Avec Lars Willumeit nous avons déjà travaillé de cette manière sur les banques de conservation en Europe. Dans le cas du mercure, j’ai envie d’observer la gestion de ce problème, de comprendre pourquoi on a attendu aussi longtemps avant de s’en occuper. Je compte travailler pendant une année environ. Le résultat sera un livre avec des images conçues comme une longue série d’images qui racontera ce drame invisible.