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Les immenses espoirs des femmes pour le futur Conseil fédéral

Qu’attendre d’un futur Conseil fédéral composé de trois femmes? Les élues rêvent d’un nouveau style de gouvernance et de dossiers sociétaux qui progressent

Le 5 décembre prochain, le Conseil fédéral, à moins d’un tremblement de terre, retrouvera une situation de quasi-parité des genres avec trois femmes et quatre hommes. Chez de nombreuses femmes – et quelques hommes –, la nouvelle composition du gouvernement suscite d’énormes espoirs. «J’espère que les femmes feront avancer beaucoup de dossiers: l’égalité des genres, mais aussi la lutte contre la violence domestique, les limites de l’exportation des armes et l’imposition individuelle, par exemple», déclare Kathrin Bertschy, la coprésidente des associations féminines Alliance F.

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Les femmes pratiquent-elles une autre politique que les hommes? Le débat n’est pas nouveau, mais il est relancé. «Attention aux clichés dans ce genre de débat», avertit Karin Keller-Sutter (PLR/SG), la candidate archi-favorite à la succession de Johann Schneider-Ammann. La conseillère d’Etat vaudoise Nuria Gorrite hésite aussi beaucoup à généraliser: «Je ne pense pas que nous ayons une manière différente de faire de la politique. C’est le regard qui pèse sur nous qui est différent. On nous interroge sur notre maternité, nos habits, notre coiffure.»

Les biais de l’éducation

Sous la Coupole fédérale, une grande majorité d’élues sont pourtant persuadées que les femmes réfléchissent et travaillent différemment. Et que, sans elles, certains dossiers n’auraient jamais progressé. Dans les années 1980, c’est la première femme élue au Conseil fédéral, Elisabeth Kopp, qui pilote la révision du droit matrimonial, qui abolit le rôle de chef de famille dévolu jusqu’alors au père. Et juste après l’accident nucléaire de Fukushima au Japon, en 2011, ce n’est pas un hasard si c’est un gouvernement composé d’une majorité de femmes qui prend la décision historique de sortir du nucléaire.

En préambule, les femmes interrogées avouent qu’elles s’appuient surtout sur leur expérience personnelle plutôt que sur d’exhaustives analyses scientifiques. «Tout commence dans l’éducation», analyse Adèle Thorens (Les Verts/VD). «Dès leur plus jeune âge, les filles sont encouragées à la collaboration, tandis que les garçons sont poussés à la compétitivité et à la combativité.» Pas étonnant dès lors que les femmes fonctionnent différemment lorsqu’elles arrivent dans les sphères du pouvoir.

Le credo de Doris Leuthard

La première à le penser n’est autre que Doris Leuthard, la papesse de l’énergie qui a précisément lancé le virage énergétique. «Les femmes sont plus indépendantes d’esprit et plus courageuses», déclare-t-elle au soir de sa démission, le 27 septembre dernier, à la TV alémanique.

Courage: le mot est lâché. Isabelle Chevalley (Vert’libéraux/VD), très chahutée sur les réseaux sociaux en raison de son engagement en faveur des énergies renouvelables et notamment de l’éolien, souscrit à 100% aux propos de la ministre PDC. «Les femmes ont beaucoup plus de courage. Comme elles ne sont pas habitées par la soif de pouvoir, elles ont moins peur de le perdre.» Et la Vaudoise de citer un ancien président de Suisse Eole qui a préféré abandonner ce mandat pour ne pas compromettre une réélection.

Face à une situation de crise, les femmes assument les responsabilités que leur confère leur fonction, ce qui leur vaut parfois même l’admiration de leurs adversaires politiques masculins. Ainsi, Yvan Perrin (UDC/NE) s’avoue aujourd’hui encore «impressionné» par la conseillère d’Etat neuchâteloise Monika Maire-Hefti, qui pour des raisons d’austérité a dû concocter une nouvelle grille salariale pour les enseignants en 2015. Un jour, elle s’en va affronter seule 600 manifestants qui crient leur colère dans la cour du Château à Neuchâtel. Elle ne recule pas. «Nous, les femmes, calculons moins que les hommes lorsque nous sommes convaincues de la justesse d’une cause», confie la directrice de l’Education et de la famille. Le peuple la comprend. Elle est réélue au Conseil d’Etat en 2016.

Les apéros femmes de Karin Keller-Sutter

Dans une société qui demeure très patriarcale, «la politique reste un monde d’hommes fait par les hommes pour les hommes», rappelle la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD). «Au sein de ce pouvoir qui ne nous est pas naturel, nous développons un rapport moins frontal et moins vertical», témoigne-t-elle.

Même les hommes en conviennent: «Les femmes ont moins d’ego. Elles font d’abord passer le contenu, et seulement après leur image. Dans une séance, leur présence crée un climat moins conflictuel qui permet d’éviter les combats de coqs», remarque Hugues Hiltpold (PLR/GE). Ce n’est pas le président du PBD, Martin Landolt, qui le contredira: «Les femmes ont une autre boussole, elles sont davantage dans l’écoute et dans l’échange avec la population», affirme-t-il. Le Glaronais ne comprend toujours pas comment le Conseil fédéral a pu vouloir assouplir l’ordonnance sur l’exportation des armes dans les pays en conflit. «Jamais un Conseil fédéral composé en majorité de femmes n’aurait pris pareille décision», est-il persuadé.

Dans ce monde surtout peuplé de costumes-cravates sous la Coupole du Palais fédéral, les femmes ne font que commencer à s’organiser et à tisser leurs propres réseaux au-delà des barrières partisanes. Etonnamment, ce n’est pas une féministe affirmée, mais bien Karin Keller-Sutter qui a organisé, à deux reprises au Bernerhof, un apéro uniquement réservé aux élues à l’occasion de sa présidence du Conseil des Etats. «J’ai voulu réunir les femmes sous la devise «Dialoguer au lieu de persifler», car il y a aussi des clichés entre elles», explique-t-elle. Une initiative qui a ravi toutes les participantes, qui s’y sont découvert une «sororité nouvelle».

Au Conseil fédéral, deux sièges à repourvoir

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