Devant la justice

Il n’y va jamais par quatre chemins. Dernier avocat de la défense à prendre la parole au procès des anciens dirigeants et réviseurs de la BCGE, Me Alec Reymond a fait de nombreuses victimes sur son sévère passage. L’ancien conseiller d’Etat Olivier Vodoz, notamment, dépeint comme un slalomeur à la mémoire défaillante, ainsi que d’autres «témoins de la Couronne» qualifiés de «pitoyables jokers».

Il l’avait annoncé d’entrée de cause. Son intervention se situerait à la périphérie de ce dossier technique. Là où se sont nouées des décisions pas toujours très bien assumées. Première cible du défenseur, «l’autruche fédérale des ­banques» (l’ex-CFB), qui a soudainement décidé de sortir la tête du sable et de proposer un remède pire que le mal en imposant un assainissement immédiat et forcément massif.

Menteur et hypocrite

Dans la bouche de Me Reymond, l’ancien représentant du gendarme des banques, venu témoigner au procès, est un menteur et un hypocrite. C’est lui qui écrivait à l’époque qu’il ne fallait surtout pas accroître la responsabilité de la CFB par un degré d’information trop élevé. «Je vous surveille mais surtout ne me racontez rien», telle était la devise absurde d’une des plus grandes administrations du pays, a ironisé l’avocat.

Des politiques, la défense ne pense pas grand bien non plus. Olivier Vodoz surtout, ministre des Finances au moment d’une fusion ardemment souhaitée au point d’en oublier les réalités, aurait présenté une version passablement édulcorée de ce que savait le gouvernement de l’époque. «Dominique Ducret avait évoqué avec lui la création d’une structure ad hoc pour reprendre les crédits compromis, les rumeurs circulaient, les interpellations pleuvaient au parlement à propos de la BCGE, les articles de presse se succédaient. Mais non. Olivier Vodoz parle de hiatus et explique ne plus avoir parlé des problèmes en les croyant subitement réglés», s’insurge encore l’avocat.

Preuve que la situation était de notoriété publique, une note interne de l’UBS, datant de début 1997 et figurant au dossier pénal, a été lue par Me Reymond. Celle-ci évoque des provisions suffisantes pour parer à l’immédiat, un assainissement partiellement différé, un rendement faible, un soutien du politique pour conserver cet instrument financier sur lequel il a de l’influence et la pratique du portage par des privés. «Voilà ce que tout le monde sait déjà.» Dans ce contexte, la thèse d’un complot ourdi par les cinq accusés paraît bien osée. «Ou alors il faudrait ajouter quelques couverts à la table des conjurés.»

Me Isabelle Bühler, également au nom des réviseurs, ne dira pas autre chose. «La méthode pour estimer les besoins en provisions était appliquée par tous les réviseurs du groupe et cela depuis de nombreuses années.» Et l’avocate de conclure que les employés d’ATAG avaient bien plus à perdre qu’à gagner en fermant les yeux sur des manquements. «Ils ont fait juste et aujourd’hui, ils referaient pareil. Ces dix années d’enfer n’ont pas réussi à ébranler cette conviction.»

Seul accusé à prendre la parole avant la clôture des débats, Dominique Ducret s’est adressé au tribunal correctionnel en ces termes: «Aujourd’hui, nous vous demandons de nous rendre justice de notre bonne foi.» L’attente devrait prendre fin le 22 juillet sauf prolongation des délibérations.