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Impopulaire au Tessin, la RSI est menacée par «No Billag»

Même si la suppression de la redevance TV est balayée le 4 mars, le service public italophone risque d’être repensé. A fortiori si le oui l’emporte dans le canton

Le «viel Glück» de Doris Leuthard pour éviter un oui à la suppression de la redevance radio-TV le 4 mars ne suffira pas au Tessin. A l’heure actuelle, selon plusieurs observateurs, l’initiative «No Billag» passerait dans le canton italophone. Le gouvernement et la plupart des partis se mobilisent contre, mais la Radio Télévision suisse italienne (RSI) semble mal-aimée de la population.

Retrouvez notre dossier sur la campagne «No Billag».

Officiellement, seule la Ligue des Tessinois soutient «No Billag». Directeur de son organe d’information, Il Mattino della Domenica, le conseiller national Lorenzo Quadri affirme qu’il existe un mécontentement général envers la RSI. «Au lieu de remplir son mandat de manière non partisane, sa rédaction est colonisée par des gauchistes dont la propagande ne reflète pas le peuple.» Il ajoute qu’elle est surdimensionnée et trop coûteuse: «Au fil des décennies, elle s’est gonflée de façon disproportionnée par rapport à sa mission. En outre, il y règne un favoritisme de recrutement – l’épouse ou le frère d’un tel – inacceptable pour un service public.»

L’UDC tessinoise pour sa part est divisée, mais son président, Piero Marchesi, est contre «No Billag», «trop extrême» à ses yeux et parce que «le service public demeure essentiel pour la démocratie». Au Tessin, la campagne se résume à pour ou contre le financement de la RSI, laquelle jouit de peu de sympathie auprès du public, considère-t-il. «Sa taille est jugée démesurée; son information, partiale. La population ne pardonne pas.»

«La révolution est lancée»

Le scénario le plus envisageable le 4 mars? «Je crois que «No Billag» sera rejetée au plan fédéral mais acceptée au Tessin, pronostique Piero Marchesi. Mais quel que soit le résultat, la révolution est lancée. Dans cinq ans, la RSI ne sera plus celle d’aujourd’hui, la situation actuelle ne peut pas durer.» D’autres initiatives, plus modérées, sont déjà annoncées. Comme la redevance annuelle à 200 francs pour le financement de l’information et de la culture.

Pour Paolo Bernasconi, avocat et ancien procureur général, la RSI jouit au contraire d’une audience estimable. «Dire oui à «No Billag», c’est dire oui à Christoph Blocher et à son empire médiatique. La campagne est menée par le journal de la Lega, financé par la publicité de Blocher et d’UPC Cablecom [contrôlée par la multinationale anglo-américaine Liberty Global, ndlr], dont le directeur du journal Il Mattino est un lobbyiste.» Si le Tessin vote l’initiative, cela l’isolera encore davantage, estime-t-il.

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Syndicaliste et député du Mouvement pour le socialisme (extrême gauche), Matteo Pronzini insiste quant à lui sur le grand malaise socio-économique. «Pour beaucoup de familles, ces quelques centaines de francs annuels de redevance représentent un fardeau.» Selon lui, les Tessinois ne sont pas contre la RSI, mais contre la redevance.

Cohésion nationale

Si l’initiative est refusée en Suisse mais acceptée au Tessin, il serait à ses yeux inacceptable que le résultat soit instrumentalisé pour couper le financement de la RSI. La Suisse italienne – 4% des Suisses – paie 50 millions de francs et en reçoit 200, soit un cinquième des ressources nationales. «Il y va de la cohésion nationale. La RSI n’est pas la Radio Télévision du Tessin et des Grisons, mais celle de toute la Suisse italophone, un organe d’information et de débat qui doit être valorisé.»

La réponse de la RSI

Que répond la RSI aux critiques? «Nous devons être plus agiles, reconnaît son directeur, Maurizio Canetta. La nouvelle façon d’utiliser les médias nous impose cet objectif.» Quelle que soit l’issue de la votation, beaucoup de choses changeront, annonce-t-il. La situation financière et la révolution médiatique en cours l’exigent. Et les journalistes qu’on dit «tous de gauche»? «Certains le sont, d’autres non, répond le directeur. Notre travail consiste à offrir un service professionnel et équilibré. Il faut aussi rappeler que 1600 emplois sont en jeu.»

En cas de victoire le 4 mars, la RSI se retrouverait avec 75% de soutien public en moins, rappelle encore Maurizio Canetta, ajoutant que les arguments en faveur de «No Billag» sont basés sur les scénarios improbables d’un système privé qui libérerait des ressources économiques. Une «pure illusion»: la Suisse italienne et l’ensemble de la Suisse représentent un marché minuscule. L’initiative profiterait uniquement à des potentats suisses ou étrangers, jugent les responsables de la RSI.

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