La politique culturelle est elle aussi pleine de remakes, de reprises et de comebacks. L’initiative contre l’impôt sur les divertissements en vigueur à Lausanne a rejoué aujourd’hui le dépôt des signatures déjà mis en scène, en vain, au printemps 2008. Pour la deuxième fois, les adversaires du prélèvement de 14% qui frappe les tickets d’entrée aux spectacles de la capitale vaudoise ont livré boîtes et paraphes aux autorités communales en prenant leurs précautions: 12’790 signatures, alors qu’il en fallait 8’224. Et cette fois, ont-ils juré, le compte est bon. Le remake sera meilleur que l’original. 6’305 signatures ont d’ores et déjà été validées, précisent les initiants.

La première tentative s’était soldée par un échec cuisant. Sur les 12’500 signatures récoltées, un tiers (plus de 4’500) avaient été invalidées. Le premier assaut à l’impôt – décrié depuis des années mais toujours défendu par le Parlement de la ville contre motions, pétitions et même une étude menée par le directeur de Paléo, Daniel Rosselat – avait échoué pour huit misérables paraphes manquants.

Gilles Meystre, le paladin du combat, malgré la défaite et les railleries sur l’incapacité de la droite bourgeoise à battre le terrain, avait relancé l’aventure. Le secrétaire politique des radicaux vaudois croit dur comme fer à sa croisade dont l’issue ne peut être que la suppression d’une dîme anachronique, qui survit à Lausanne, seule grande ville suisse à en faire encore usage. Grâce également aux tergiversations de l’exécutif, divisé sur le sujet. Une étude promise depuis longtemps sur le sujet tarde à se réaliser. Et le projet d’un réaménagement de l’impôt, envisagé par une motion socialiste attend lui aussi. Il pourrait en temps voulu constituer la colonne vertébrale d’un contre-projet à l’initiative.

La disparition de l’impôt, insiste Gilles Meystre, inciterait le retour des organisateurs de spectacles et de concerts qui ont déserté la capitale. Quant à la baisse des tarifs des billets, souvent mentionnée, jamais vraiment concrétisée accuse la gauche, le suspense est total. La réserve parmi le acteurs du secteur est de mise. A l’exception du cirque Knie, qui avait annoncé en son temps qu’il réduirait ses prix le jour où l’impôt serait supprimé.

L’impôt, qui vaut entre 5 et 6 millions annuels, alimente les caisses de la ville. Contrairement à une taxe, il n’est pas directement affecté aux affaires culturelles. S’il devait succomber, il pénaliserait le budget de la municipalité dans son ensemble, près de 1,7 milliard, et par ricochet les subventions aux arts, environs 40 millions par an. Cette contribution vient d’ailleurs d’augmenter de 2,85 millions, répartis sur un lustre, afin d’assurer le financement d’une politique culturelle ambitieuse adoptée par le législatif en 2008.

Les partisans de l’impôt, que l’on retrouve plutôt dans les rangs de la gauche, même si quelques dissidents se font entendre, à l’image de la municipale socialiste Silvia Zamora, pointent justement le manque à gagner prévu. Dans une conjoncture négative – le budget 2010 est déficitaire, alors que la dette communale frôle les 2,6 milliards – il leur semble incongru de renoncer à une source de revenu. D’autant plus que les détracteurs de l’impôt n’indiquent pas comment cette ressource pourra être remplacée. Même si Gilles Meystre évoque, en guise de réponse, une plus forte participation de l’agglomération à la vie de la culture lausannoise.

Bref, on attend pour l’heure la fin de la validation des signatures déposées. Ensuite, le débat gagnera la place publique. Avant le vote qui pourrait avoir lieu dans le meilleur des cas, suggère Daniel Brélaz, syndic de Lausanne, en septembre de cette année.