Cocaïne ou farine? Machination ou pure bêtise? C'est à ces questions pour le moins singulières que le PDC du Valais romand, et avec lui l'ensemble de la députation valaisanne, est suspendu depuis vingt-quatre heures. Hier matin, suite à une information révélée par le quotidien gratuit 20 Minutes, le Valais a découvert avec stupeur l'existence d'une vidéo mettant en scène un élu démocrate-chrétien au Grand Conseil dans une situation plus que compromettante. Le fichier circule sur Internet.

Dans le rôle principal de ce mauvais film réalisé avec un téléphone portable, Xavier Bagnoud, président de l'Union suisse des œnologues, propriétaire de la très populaire œnothèque de Leytron, également commerçant averti, père de famille et ex-officier supérieur à l'armée.

On le voit dans une chambre, nu comme un ver, apparemment désinhibé, sniffer un rail de cocaïne et donner la réplique à la caméra. Dans une gestuelle un rien débridée, il explique s'être procuré la poudre en question «chez des Blacks à Lausanne», et semble vouloir assurer à la personne qui filme la scène qu'elle n'a rien à craindre, qu'elle est hors de cause. Qu'il est le principal instigateur de ces frasques hallucinantes. Une scène humiliante mêlant, apparemment, sexe, drogue et autres impudeurs qu'il ne viendrait pas à l'idée d'immortaliser.

Des explications confuses

Or, le politicien se dit aujourd'hui victime d'un «guet-apens». Il avait convoqué hier une conférence de presse dans l'urgence pour le dire. Le contenu du film n'est pas, en soi, contesté. Les images ne laissent d'ailleurs planer aucun doute sur la personne et sur les propos tenus. Mais tout cela serait, selon le principal intéressé, une mise en scène maladroite, convenue dans un moment de faiblesse «comme on en a tous», qui aurait finalement dérapé. Il aurait été trompé par ses comparses. Le film a ensuite été utilisé comme un instrument de chantage. «J'affirme avoir joué un jeu de rôle que nous avions scénarisé dans le cadre d'une soirée privée en comité restreint», a déclaré Xavier Bagnoud aux journalistes à la fois curieux et perplexes devant des explications un rien confuses.

Un chantage à 10000 francs

La scène aurait été tournée comme un rite de passage dans l'intention de consommer la substance illicite dont l'exécutant dit par ailleurs tout ignorer. De même, il ne se rappelle plus à quelle date le film a pu être tourné, ni si c'était à Lausanne, ou à Sion. La poudre blanche qu'on le voit inhaler était-elle bien de la cocaïne? «De l'amphétamine ou de la cocaïne», répond Xavier Bagnoud, qui assure aussi qu'elle lui a fait «moins d'effet qu'un verre de Williamine».

Ce qu'il considère comme un «dérapage inacceptable dans une vie jusqu'ici sans reproche», Xavier Bagnoud prétend aujourd'hui vouloir l'assumer jusqu'au bout. Mais a-t-il vraiment le choix? Il a déposé une plainte pénale contre trois personnes, deux hommes et une femme, qui auraient pris une part active dans la réalisation et la diffusion du film. La plainte, déposée le 28 avril dernier par son avocat Nicolas Voide, par ailleurs chef du groupe PDC du Bas au Grand Conseil et candidat au Conseil d'Etat valaisan pour 2009, porte sur l'abus de confiance, faux dans les titres, vol, chantage et tentative d'extorsion de fonds.

Selon le plaignant, ils auraient utilisé la vidéo pour exercer un chantage sur sa famille, menaçant jusqu'à sa femme et ses enfants par e-mail et au téléphone. «On m'a réclamé 10000 francs en menaçant d'envoyer le film à la presse si je ne payais pas.» Le politicien dit avoir voulu refuser de «donner raison à ses maîtres chanteurs», des amis qu'il connaissait de longue date mais dont il assure avoir ignoré leur passé si lourd jusqu'à ces dernières semaines. Deux des personnes mises en examen auraient déjà fait de la prison pour des affaires liées à des stupéfiants.

«Une catastrophe pour le PDC»

Au-delà de l'embarrassante situation dans laquelle elle plonge Xavier Bagnoud lui-même, l'affaire secoue aussi le landerneau politique valaisan. Le PDC en tout premier lieu. Le PDC du Valais romand fêtait ses 10 ans hier. Nul doute - et quelles que soient les conclusions de l'enquête en cours- qu'il se serait volontiers passé de l'inconduite de son élu, selon le président Raphy Coutaz, lequel s'est bien vu contraint de prendre une position officielle hier dans la journée. «Pour le PDC, c'est une catastrophe. Nous prônons la tolérance zéro pour la consommation de drogues. Le député est suspendu jusqu'à nouvel avis. Et s'il est prouvé qu'il a consommé de la cocaïne, il sera exclu du parti.»

De son côté, Xavier Bagnoud entend prouver, tests médicaux à l'appui, qu'il n'est pas un consommateur de stupéfiants. Et ose espérer que dans le C de chrétien, certains n'omettront pas d'entrevoir le pardon.