«Désormais, nous allons démontrer que notre place au gouvernement est plus que sensée!» En ce dimanche ensoleillé de mai, Robert Devenoges, 25 ans, ne cache pas sa joie devant l'abbaye de Saint-Gall. Ce jeune nouveau membre de l'UDC du canton triomphe à l'annonce de l'élection du candidat de son parti, Stefan Kölliker, 37 ans, au gouvernement. Pour la première fois de son histoire, et après deux essais infructueux, l'UDC, première force au parlement avec 41 places sur 120 depuis le 16 mars, entre à l'exécutif. Elle y installe, au terme du deuxième tour, un homme sans aucune expérience politique, plutôt connu pour son caractère lisse mais premier des viennent-ensuite en mars. Les cinq sortants (2 PRD, 1 PDC, 2 PS) avaient alors été réélus aisément.

L'autre gagnant de la journée est le démocrate-chrétien Martin Gehrer, 50 ans, lui aussi sans grand profil politique, connu pour sa fonction de chancelier. Il réussit le meilleur score avec 51586 voix, soit 10000 de plus que Stefan Kölliker. Surtout, il rassure son parti, devancé au parlement par l'UDC. Dans l'un de ses cantons bastions où sa force continue de s'éroder, le PDC avait pour ambition initiale de récupérer un troisième siège perdu en 2004. Or la défaite au premier tour de Lucrezia Meier-Schatz, encore très empreinte de l'affaire Roschacher, et d'Armin Eugster, a nécessité un nouveau candidat, plus conciliateur. «Beaucoup d'électeurs sont revenus vers nous car ce candidat polarisait moins», explique le président Urs Schneider.

Les radicaux défaits

Après de longues semaines de campagne, ces résultats confirment les pronostics. Sept candidats se présentaient pour les deux places restantes. Le PS, grand perdant au parlement (-7), soutenait la Verte Yvonne Gilli. Aucune alliance ne s'est démarquée contrairement à ce qui avait été le cas lors des élections aux Etats. Radicaux et démocrates-chrétiens avaient fait route ensemble pour barrer la route à Toni Brunner, devenu depuis président de l'UDC. Cette fois-ci, les perdants sur le papier sont les radicaux qui perdent leur troisième siège. Leur candidat Andreas Hartmann échoue avec 37421 voix. Grande gagnante du 16 mars, la cheffe de la Justice Karin Keller-Sutter relativise la défaite de son camp. «Ce deuxième tour n'a pas abouti à une élection de personne mais bien à un rééquilibrage des partis représentés au gouvernement en fonction des forces au parlement.» Le PRD a 23 députés au Grand Conseil.

Le gouvernement saint-gallois marque donc un virage à droite. Cela n'effraie pas le PDC qui se réjouit de devoir encore plus insister sur sa position de «centre», promet son président cantonal. De son côté, l'UDC saint-galloise, créée en 1992, savoure son succès. «L'affaire Widmer-Schlumpf ne nous a pas fait douter ici et nous maintenons la ligne de notre base», commente Stefan Kölliker. Le nouvel élu a déjà deux thèmes chauds dans sa besace: un engagement pour une baisse fiscale et une revalorisation de la place économique saint-galloise.

Ce dimanche beaucoup de commentateurs présents lors de l'annonce des résultats ont évoqué la fusillade meurtrière de Wil survenue samedi (voir ci-dessous). Stefan Kölliker a son opinion: «Voilà où sont aujourd'hui les soucis des Saint-Gallois. Nous devons répondre à la croissance de la violence que certains ne veulent pas voir.»