De sa retraite de Büren, dans le Seeland, l’ancien conseiller fédéral Samuel Schmid, élu sous l’étiquette UDC puis passé au Parti bourgeois démocratique (PBD), ne cache pas son inquiétude quant à l’avenir de sa formation.  La perte de deux sièges aux élections fédérales et le retrait de la vie politique de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf n’augurent pas d’un avenir brillant. Ni pour son parti, ni pour le centre droit autour du PDC.

«Je crains que si nous ne réagissons pas, ce ne soit pas seulement le PBD qui disparaisse, mais aussi le centre droit et que dans une dizaine d’année nous nous retrouvions dans un système parlementaire, majorité-opposition,  dominé par l’UDC. Elle élira seule le Conseil fédéral. Le parti qui se veut le plus suisse de tous aura ainsi contribué à abolir la principale caractéristique de ce pays, la concordance politique», constate-t-il.

Le salut selon Samuel Schmid

Le salut, selon lui, ne peut venir que de la constitution d’un centre droit rassemblant le PDC, le PBD et les Vert’libéraux et peut-être le PLR. Sous quelle forme? Il ne lui appartient pas de la définir, avoue-t-il, mais il constate que dans le canton de Berne le PDC n’est plus un adversaire et que le PLR a beaucoup de points communs avec le PBD. Le problème, c’est que l’avenir des partis nationaux se joue dans des enjeux cantonaux. C’est parce que le PDC et le PBD rivalisent dans les Grisons que le projet d’alliance nationale entre les deux formations a échoué, l’an dernier, malgré l’accord obtenu au niveau des deux directions.

Sans alliance stratégique, sans porte-drapeau au Conseil fédéral, le PBD n’a guère d’avenir. Il a perdu 6% des voix dans son fief des Grisons, 3% dans celui de Berne et ne parvient pas à s’implanter solidement à Zurich. Son programme, qui se veut «orienté solutions» comme on dit dans le jargon politique, ne se différencie guère des orientations générales du PDC. Au soir des élections fédérales, la direction du PBD a d’ailleurs appelé «le centre bourgeois à resserrer ses rangs». Et le chef de campagne du PBD, Lorenz Hess, d’admettre que «l’on ne doit plus se contenter de plates-formes communes. Il faut agir!».

Quel choix des dirigeants?

Quel sera le choix du PBD suisse, il est trop tôt pour le dire. Une réunion du comité du parti est prévue pour ce vendredi soir. Et en attendant ni le président Martin Landolt ni ses vice-présidents ne souhaitent s’exprimer. Martin Landolt pourrait toutefois tracer quelques pistes samedi, lors de l’assemblée des délégués de son parti. En attendant, le PBD a abandonné l’idée de proposer une candidature pour succéder à Eveline Widmer-Schlumpf, et semble se résigner à laisser le siège à l’UDC.

Le PDC, qui a reconnu le droit à l’UDC de revendiquer deux sièges au gouvernement, «n’est pas demandeur», insiste son président Christophe Darbellay. «L’initiative doit désormais venir du PBD». Le refus de l’alliance proposée l’an dernier a laissé des traces. Ce fut une erreur historique du PBD, selon lui, même si la convention de collaboration passée au niveau parlementaire fédérale existe toujours.

Amertume démocrate-chrétienne

Il y a manifestement encore de l’amertume chez le président du PDC qui, dès l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf en 2007, a proposé au PBD de collaborer, convaincu qu’il n’y avait pas d’autre issue à terme pour le centre droit. Mais les retrouvailles entre présidents du centre droit, la semaine dernière en Suisse centrale, n’ont pas permis de déboucher sur une volonté commune de sauver le fauteuil abandonné par Eveline Widmer-Schlumpf. On veut se donner du temps pour élaborer une plate-forme commune.

Mais Christophe Darbellay, comme Samuel Schmid, craint que sans vigoureuse réaction des partis du centre la Suisse glisse vers un changement de système, avec l’émergence d’une UDC majoritaire seule au pouvoir.