Pari gagné pour la gauche à Fribourg, ce dimanche. Elle a pris un troisième siège sur les sept du gouvernement cantonal. Avec 31 222 voix, la verte Marie Garnier rejoint au Conseil d’Etat les socialistes sortants Erwin Jutzet (33 141) et Anne-Claude Demierre (30 472). Elle récupère le siège de l’indépendant Pascal Corminbœuf, qui prend sa retraite. Pour la première fois, le gouvernement fribourgeois aura trois femmes.

Les trois sortants démocrates-chrétiens, Isabelle Chassot, Beat Vonlanthen et Georges Godel, sont aussi réélus, avec 35 622, 35 191 et 33 504 suffrages. Avant l’attribution des portefeuilles le 23 décembre, Isabelle Chassot n’exclut pas de discuter d’un passage de l’Instruction publique aux Finances. Le préfet libéral-radical de la Gruyère, Maurice Ropraz, ferme la marche avec 28 359 voix. Il sauve le siège de Claude Lässer, qui quitte le gouvernement. Loin derrière, l’UDC Pierre-André Page (20 450) et le chrétien-social Pierre-Olivier Nobs (19 834) ne sont pas élus. La participation est de 37,65%.

Après l’élection du Grand Conseil le 13 novembre, la gauche reste minoritaire au parlement avec 37 sièges sur 110. Quel sera dès lors le poids de Marie Garnier? Les réponses restent prudentes. L’incertitude est d’autant plus grande que personne ne sait ce que feront les nouveaux partis du centre entrés au Grand Conseil: deux Verts libéraux et deux bourgeois-démocrates (PBD).

«Solutions à plusieurs»

Après une campagne «faite pour ne heurter personne» selon certains Verts, Marie Garnier prévoit d’apporter sa «sensibilité sociale et environnementale», de poursuivre la politique de Pascal Corminbœuf en matière de fusions de communes et de propriété publique de l’eau. Et les dossiers verts? «Ces thèmes commencent à faire leur place. Je me vois comme un soutien à ce qui se fait. Il faut définir des solutions à plusieurs.»

La présidente de l’UDC, Gilberte Demont, est la plus critique. L’élection de Marie Garnier pourrait créer des blocages: «Le gouvernement ne sera pas représentatif du Grand Conseil.» Au centre droit, le chef du groupe démocrate-chrétien, Jean-Pierre Siggen, voit la nouvelle élue comme «une militante qui met la main à la pâte», qui «va peut-être polariser le Conseil d’Etat».

Socialistes et Verts mettent leurs espoirs en Marie Garnier entre autres pour les dossiers fiscaux, mais la prudence reste de mise. Avec une fortune cantonale brute de 1,3 milliard, la gauche veut des investissements, tandis que la droite souhaite des baisses d’impôts.

Un changement dans ce domaine, la députée verte Christa Mutter n’y croit pas, ni sur les questions sociales et économiques. La raison: la droite et le centre droit occupent 73 sièges du parlement. «Mais la politique du canton pourra changer en matière environnementale avec l’arrivée de Marie Garnier», note Christa Mutter.

Chef du groupe socialiste au Grand Conseil, Pierre Mauron imagine un avenir plus facile: «Les projets que nous amenons au Grand Conseil sont souvent balayés. Par contre, quand le Conseil d’Etat en propose, comme ceux d’Erwin Jutzet, Anne-Claude Demierre et désormais Marie Garnier, ils passent facilement la rampe.»

Du côté gouvernemental, Isabelle Chassot n’entrevoit pas de différence entre la politique cantonale actuelle et la future: «Les deux nouveaux élus doivent adapter leurs styles. Les décisions importantes ont toujours été prises à l’unanimité.»

Et Maurice Ropraz? Préfet depuis dix ans, il estime apporter «l’expérience transversale de quelqu’un qui s’est intéressé à tout le spectre de la société civile.» Son élection soulage les Verts et les socialistes, qui craignaient l’arrivée de l’UDC Pierre-André Page. Il est vu comme moins à droite que son prédécesseur, Claude Lässer. «Ce qui aboutira à davantage de marge de manœuvre en matière de finances, d’économie et d’investissements dans les transports publics.»