Ce mercredi, l’ambassadrice de Suisse au Sénégal, Marion Weichelt Krupski, a été convoquée par le gouvernement de Dakar. En cause: une tribune rédigée par son mari sur internet, jugée «raciste» par la presse locale.

Un texte peu diplomatique

Intitulé «Die Zukunft Afrikas zu Gast» (L’avenir de l’Afrique en tant qu’invité), le texte rédigé par Waldemar Krupski s’offusque longuement des mauvaises manières de deux jeunes Camerounais accueillis par la famille de l’ambassadrice dans le cadre d’un programme scolaire. «Ils jettent des bouteilles de plastique dans le jardin et n’ont aucune bonne manière», déplore-t-il, se demandant «comment apprendre la décence et le respect quand vos parents ne connaissent pas eux-mêmes le sens de ces mots».

Le mari de la représentante suisse à Dakar estime que les deux adolescents de 17 ans sont élevés par des nounous qui «se couchent» devant eux et critique vertement leur manière de se vêtir à l’aide de quelques comparaisons peu habiles: «Leur t-shirt représente un mois de salaire de notre femme de ménage, leurs chaussures trois mois de salaire de notre jardinier.» Les écoles privées de Dakar «ne pourraient survivre si la direction osait expulser les enfants des potentats locaux», enchaîne-t-il, concluant se sentir «désespéré» par les deux jeunes hommes, «l’élite africaine de demain».

«Inacceptable»

Dans un communiqué, le gouvernement sénégalais a fait savoir que l’ambassadrice helvétique s’était vu «clairement notifier le caractère inacceptable des propos de son conjoint qui constituent une violation flagrante des principes élémentaires de courtoisie et de non-immixtion dans les affaires intérieures de l’Etat accréditant». Déterminé à ne pas voir l’incident se renouveler, le ministère de Dakar a indiqué que «de tels écarts ne sauraient être tolérés à l’avenir».

Contacté par Le Temps, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a répondu par écrit avoir «pris connaissance du communiqué publié par le Ministère des affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur (MAESE)» et a souligné son «attachement aux excellentes relations que la Suisse entretient avec la République du Sénégal qu’il entend poursuivre à l’avenir». En réponse à la controverse, une seule phrase: «L’article de presse auquel il est fait référence a été rédigé à titre privé et l’Ambassade de Suisse à Dakar a été en contact avec le MAESE à ce sujet.»

A Dakar, l’affaire est à l’heure actuelle largement relayée par les médias, qui saluent le «recadrage» de Son Excellence par les autorités du pays après que son mari a clairement «dépassé les bornes». A noter que, outre le Sénégal, Marion Weichelt Krupski est également le visage de la Suisse auprès du Cap-Vert, de la Gambie, de la Guinée-Bissau, du Mali et de la Mauritanie.