Les Genevois se sont réveillés stupéfaits et incrédules, dimanche, en constatant l’ampleur des déprédations commises dans la nuit au cours d’une manifestation organisée sans autorisation et qui a dégénéré. Mutliples façades taguées et vitrines brisées, les dégâts, considérables, sont évalués à plusieurs dizaines de milliers de francs. Plus particulièrement visé, le Grand Théâtre a subi de multiples projections de peinture.

Les manifestants se sont rassemblés au parc des Cropettes dès 22 heures samedi soir, avec l’intention de protester contre des coupes budgétaires dans les subventions allouées à la culture alternative. Fort de quelque 500 personnes, le cortège s’est ensuite dirigé vers la gare de Cornavin avant de prendre la direction de Bel Air puis de la place Neuve et de Plainpalais sans rencontrer de résistance du côté des forces de l’ordre.

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La police au courant

Les manifestants n’ont été stoppés que sur le boulevard Carl-Vogt par un barrage de police. Sur leur passage, ils avaient eu le temps de saccager d’innombrables devantures de banques, boutiques ou magasins de luxe. Ces incidents ont lieu alors que, paradoxalement, Genève est toujours en état d’alerte policière après les opérations anti-attentats d’il y a une dizaine de jours.

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La police était au courant de la tenue de cette manifestation, dont les organisateurs, précise Jean-Philippe Brandt, le porte-parole de la police, n’avaient ni demandé ni reçu l’autorisation de se rassembler. N’était-il dès lors pas possible aux forces de l’ordre d’intervenir plus tôt pour empêcher les débordements? «Nous avons agi conformément à l’appréciation de la situation», justifie le porte-parole. Dès qu’il s’est avéré que la situation prenait une tournure plus sérieuse, «nous avons fait appel à des renforts». Mais ces renforts, indique-t-il, ne pouvaient être engagés sans un certain délai. La confrontation a finalement eu lieu près de l’hôtel de police et deux policiers ont été blessés dans l’opération. Aucune arrestation n’a été effectuée, mais des investigations sont en cours pour identifier les casseurs et les commerces qui ont subi des déprédations sont en train d’être contactés.

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Les organisateurs avaient diffusé jeudi sur internet leur appel à une manifestation «sauvage»: «Nous prenons la rue car l’avenir de nos lieux de fête et de culture est menacé par la volonté inflexible de Pierre Maudet d’imposer sa loi. Nous prenons la rue parce que l’état de Genève subventionne en grande majorité le Grand Théâtre, un lieu de culture bourgeoise pratiquant des tarifs inaccessibles aux plus nombreux.»

Méthodes «destructrices»

Dans la journée de dimanche, la même page web (renverse.ch) revendiquait haut et fort les déprédations commises. «Il est inexact de dire que la manifestation du 19 décembre a «dégénéré», les personnes qui ont participé aux affrontements savent très bien ce qu’ils faisaient et contre quoi ils se battent», pouvait-on y lire.

Pour sa part, le mouvement «La Culture Lutte», qui regroupe les acteurs culturels genevois et dont le nom a été utilisé par les manifestants, a condamné «sans ambiguïté» les actions commises. Il dit ignorer qui étaient les organisateurs de la manifestation et se désolidarise totalement des méthodes «destructrices» employées.