L’argent que gagne à Berne l’omniprésent Daniel Brélaz, syndic vert de Lausanne et conseiller national depuis 2007, intéresse la Ville. Mardi le Conseil communal (législatif) décidera si celui que beaucoup surnomment «le géant vert» doit verser à la Ville toutes les indemnités qu’il touche comme conseiller national. Idem pour le municipal libéral-radical en charge des Travaux, Olivier Français, aussi conseiller national.

Le projet de la municipalité voit moins gros: seules les «indemnités journalières» des deux parlementaires fédéraux, c’est-à-dire 425 francs par jour, seraient reversées à la Ville. Au total, cela représenterait 24 225 francs pour chacun d’entre eux. Chaque année, ils gagnent environ 250 000 francs comme magistrats lausannois.

La droite agacée

Déposée en 2007, l’idée vient du Parti socialiste lausannois (PSL), qui interdit en son sein le double mandat depuis longtemps. Le Conseil communal avait accepté le projet sur le principe en 2008, mais il fallait qu’un projet concret soit élaboré par la municipalité. C’est chose faite.

La gauche aimerait que toutes les indemnités reviennent à la Ville, ce qui comprend l’indemnité «de base» annuelle de 25 000 francs des parlementaires fédéraux, outre les 425 francs par jour de travail.

Cette attaque du double mandat par la petite porte agace certains parlementaires communaux de droite. «Le problème, avec cette proposition socialiste, c’est qu’elle sous-entend que des gens vont à Berne pour l’argent», estime Nicolas Gillard, avocat et conseiller communal libéral-radical. «Le PSL tente d’imposer aux autres ses propres décisions internes.»

«En siégeant à Berne, un municipal sacrifie certaines de ses charges lausannoises», se défend Rebecca Ruiz, présidente du PSL et conseillère communale. «Dans ce cas, un mandat à Berne ne doit pas être lucratif. Il n’y a pas de raison que cet argent revienne à Daniel Brélaz et à Olivier Français.»

Président des Verts vaudois et conseiller communal, Yves Ferrari reste tranquille face à ce débat: «Cela ne concerne pas nos élus. S’il est réélu à Berne, Daniel Brélaz aura une année pour faire son choix entre ses deux fonctions.»

Car, dans le parti, il existe depuis novembre 2009 une «Lex Brélaz», un nom que les Verts n’aiment pas. Interdiction est faite de cumuler une fonction exécutive dans une grande ville vaudoise – sous-entendez Lausanne – et celle de parlementaire fédéral.

Mais il ne sera obligé de choisir qu’en 2013. A Genève, en 2009, c’était l’ancien conseiller d’Etat vert Robert Cramer qui avait choisi finalement sa charge de conseiller aux Etats.

Et qu’en est-il pour les municipaux élus, non pas à Berne, mais au Grand Conseil? Actuellement, seul le Vert Jean-Yves Pidoux, en charge des Services industriels, est touché. Le PSL voudrait aussi le voir reverser la moitié de son indemnité de député, soit 200 francs par jour de travail, à raison d’une quarantaine de journées par an. La municipalité n’en veut pas, «compte tenu de la rémunération modeste des députés».