Devant la justice

Un simple bouton. Christophe, le Mister Romandie recalé, lui qui, enfant, avait mis le chat de la famille dans le micro-ondes, qui en grandissant aimait se faire passer pour un sniper, se promener en habits militaires ou se prendre pour un agent secret, a été démasqué grâce au bouton de sa veste. Tombé à terre alors qu’il tentait de se faufiler sous la porte du garage de la villa d’Epalinges, cet indice, couvert de l’ADN du Lausannois, a mené la police tout droit sur la bonne piste. Leur premier suspect est passé aux aveux. Mieux, il a dénoncé son compagnon d’expédition.

Pour les inspecteurs chargés d’élucider ce mortel brigandage, le doute n’est pas permis. Ce deuxième homme, celui qui a accompagné Christophe et s’est acharné sur le retraité, est bien Besnik. Même lorsqu’un agent de sécurité du centre pour requérants d’asile explique en cours d’enquête avoir vu l’intéressé rentrer aux heures du crime, la police reste de marbre. «Pour nous, c’est exclu. Il ne se trouvait pas au centre à ces heures-là car c’est lui le complice», lâche le très spontané enquêteur Burdet lors de l’audience. Satisfaction du côté de la défense, qui n’en attendait pas tant pour démontrer un certain parti pris.

Il faut admettre que les éléments accablants – outre les déclarations de son coaccusé et de la veuve – s’accumulent contre celui qui se dit obstinément étranger à ce drame. Contrairement à ce qui a pu être compris lundi, les chaussures rouges, dérobées par Christophe à son beau-père afin de remplacer les baskets ensanglantées de son équipier, n’ont pas été retrouvées chez Besnik.

Par contre, des taches de sang invisibles sur la veste et le jean de ce dernier – révélées au luminol – ont été analysées et les profils ADN de la victime et de son épouse ont été retrouvés mélangés au sien. L’expert a toutefois précisé qu’il était impossible de dire comment et à quel moment ces traces ont été déposées là et n’a pas exclu l’hypothèse d’un acte mal intentionné destiné à lui faire porter le chapeau. C’est la théorie avancée jusqu’ici par Besnik pour se tirer d’affaire.

Contre lui, Besnik a aussi un intense trafic téléphonique. L’analyse des portables a révélé de nombreux appels entre son appareil et celui que Christophe empruntait à un proche. Le Lausannois explique avoir contacté son comparse pour lui dire de faire attention – la télévision avait évoqué le crime – mais aussi pour fixer quelques agréables sorties en boîtes de nuit. Besnik conteste toute conversation avec celui qu’il dit ne pas avoir connu avant son arrestation.

Il tente une explication. Celle d’avoir prêté son portable à une copine, celle qui est devenue par la suite, et par le plus grand des hasards, l’amie intime de Christophe. Le problème, c’est que le portable personnel de la jeune femme a aussi appelé Besnik à la même époque. «Elle s’appelait elle-même?» ironise le président. «Je ne sais pas», bredouille Besnik.

Pour donner plus de poids à la parole de son client, Me Jean Lob a requis, sans se faire d’illusions, le recours à un détecteur de mensonges. Le procureur général Eric Cottier a suggéré avec succès à la Cour de reporter sa décision sur ce point et d’attendre l’issue des débats afin de déterminer si une telle preuve serait encore utile. Sur le fond, Eric Cottier annonce déjà la couleur: il faut rejeter ce moyen non prévu par la procédure actuelle et encore moins par le futur code unifié. Lors des travaux préparatoires, rappelle encore le procureur général vaudois, il a été expressément mentionné que le législateur ne souhaitait pas soumettre la crédibilité d’un accusé à l’appréciation d’une machine.

L’appréciation des psychiatres reste quant à elle sollicitée et disputée. Dans cette affaire, les experts ont estimé que les deux accusés sont pleinement responsables de leurs actes.

Christophe, bien qu’impulsif et mû par un besoin pathologique de plaire, a agi avec conscience et volonté lorsqu’il s’est mis en tête de commettre ce brigandage. Le passé chaotique du jeune homme, parsemé de placements et de condamnations pénales, fait craindre un risque de récidive, conclut le rapport sans entrevoir de mesures ­thérapeutiques adaptées à son cas. Le psychiatre qui a examiné Besnik n’a pas été entendu. La défense conteste ses conclusions et demandera ce mercredi au tribunal d’ordonner une nouvelle expertise.