petite enfance

Tous inégaux face aux crèches

Malgré de grands progrès, le nombre de crèches reste insuffisant en Suisse romande. L’offre est très inégale selon les régions

C’est un rituel que les futures mères accomplissent le sourire séducteur et le ventre noué: inscrire leur enfant à la crèche. Dès trois mois de grossesse, quand le petit être vient d’acquérir le statut de fœtus. Puis, il leur faudra prier, séduire, harceler ou plus fatalement attendre pour obtenir cette place tant désirée par tout parent actif.

La crèche est le mode de garde favori des familles, particulièrement dans les classes moyennes ou supérieures. Mais il est souvent difficile d’obtenir une place et les critères d’attribution sont obscurs. «Un délai d’attente d’une année est usuel», prévient-on sur le site internet du canton de Neuchâtel. Qui est pourtant le champion romand des structures d’accueil. Car en Suisse, les opportunités sont très différentes d’un canton à l’autre et surtout d’une commune à l’autre.

Les villes et les cantons urbains sont les mieux lotis. C’est à Lausanne que vous avez le plus de chance d’obtenir une place en crèche. La ville offre une couverture de 45,8 places pour 100 enfants en âge pré­scolaire. La situation laisse encore de nombreux parents sur le carreau, mais elle est deux fois meilleure qu’à Fribourg, Sion ou La Chaux-de-Fonds. Genève et Neuchâtel se classent derrière Lausanne, avec environ une place pour trois petits. Dans certaines régions plus rurales, l’offre baisse à six places pour 100 enfants voire à rien du tout. Il ne reste plus aux parents qu’à recourir aux mamans de jour, souvent prises d’assaut elles aussi, ou à un réseau plus informel: famille, voisins, jeunes filles non déclarées. De nombreuses mères de famille baissent leur temps de travail plus qu’elles ne l’auraient voulu ou se voient contraintes de démissionner.

En Suisse alémanique, la situation est pire encore, à l’exception de Bâle-Ville et dans une moindre mesure de l’espace économique formé autour de Zurich et de Zoug. Globalement, le pays est à la traîne par rapport à ses voisins européens en termes de structures d’accueil.

Dans son rapport de 2008, l’Unicef a développé un modèle d’évaluation des services à la petite enfance. La Suisse ne remportait que trois points alors que la Suède, l’Islande, la Belgique et la France totalisaient entre six et dix points. Selon une étude réalisée en 2011, l’investissement dans l’éducation préscolaire, qui devrait correspondre à 1% du PIB selon les recommandations diverses de l’UE, de l’OCDE et de l’Unicef, ne s’élevait qu’à 0,2% en Suisse. Pour comparaison, l’Autriche, la Hongrie et la France investissaient à la même époque 0,5 à 1% du PIB, tandis que les pays scandinaves y consacraient 1,4 à 2,3%.

Recueillir des témoignages sur les parents à la recherche de places en crèche est accablant. Même dans les régions bien pourvues, des familles évoquent des délais de deux à trois ans d’attente. «Je suis numéro 67 sur la liste d’attente», témoigne une mère de famille d’Onex, à Genève.

Laure* vit à Blonay – une place pour dix enfants –, au-dessus des rives du Léman, entre Vevey et Montreux: «J’avais une situation idéale: mon employeur me permettant de réduire mon taux d’activité à 80%, des grands-parents pouvant garder notre petit trois jours… Il nous fallait donc une place pour un jour en crèche. Et on était flexibles sur le jour. J’ai déposé mon dossier dans ma commune. J’ai appelé, écrit, appelé à nouveau. On m’a finalement répondu qu’il y avait un délai d’attente de deux ans. Idem pour les mamans de jour du réseau, toutes surchargées. J’ai fait des demandes de dérogation, j’ai passé des jours à supplier au téléphone, entre deux biberons. J’ai demandé à d’autres communes environnantes si je pouvais leur confier mon petit. Au final, et de guerre lasse, nous avons mis une annonce sur Anibis et trouvé une maman qui garde notre petit et qui ne veut pas être déclarée.»

A l’heure où la Suisse a mis un frein à son immigration et où elle déplore une pénurie d’employés qualifiés, elle devra redoubler d’efforts pour permettre aux parents de concilier vie familiale et professionnelle.

* Prénom fictif.

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