Le voyage de Ruth Metzler intervient dans un contexte particulièrement tendu sur le front de l'asile. Depuis la votation du 24 novembre, l'UDC se sent pousser des ailes: le parti, décidé à renvoyer le projet de révision de la loi sur l'asile au Conseil fédéral, a présenté lundi un catalogue de revendications d'une grande dureté. Il menace de saisir le référendum si ses exigences ne sont pas prises en compte. Dans ce contexte-là, il est évident que la conseillère fédérale va se retrouver dans une sorte d'impasse en signant l'accord de transit avec le Sénégal. Non seulement elle devra veiller à ne pas réveiller le spectre de la «filière ivoirienne» qui a fait scandale, mais devra faire face aux critiques de l'UDC par rapport aux garde-fous imposés pour éviter tout dérapage. Car le délai d'identification de 72 heures est bien trop court. Des requérants déboutés restés apatrides à Dakar devront inévitablement être ramenés en Suisse, ce qui implique des coûts considérables. Ce schéma du serpent qui se mord la queue alimentera une fois de plus les stratégies électoralistes de l'UDC. Et la schizophrénie menace Ruth Metzler. Elle devra faire preuve d'une extrême habilité pour éviter d'être accusée d'utiliser le Sénégal comme dépotoir pour les requérants dont la Suisse ne veut pas, mais aussi de gonfler inutilement les coûts de l'asile.