L’alerte a été lancée à la mi-juillet: les hôpitaux suisses qui pratiquent des opérations à cœur ouvert ont dû prendre des mesures pour renforcer la sécurité des patients. En cause: Mycobacterium chimaera, une bactérie décelée dans l’eau et dans l’air évacués par les appareils servant à réguler la température sanguine et pouvant provoquer une infection susceptible de se développer en maladie grave un à deux ans plus tard.

La situation semble aujour­d’hui sous contrôle. Le bilan ne s’est pas alourdi depuis l’annonce de l’infection de six patients – dont deux sont décédés –, alors que, depuis 2008, 20 000 opérations à cœur ouvert impliquant ce type d’appareil ont été réalisées. «Même si c’est très grave pour les personnes concernées, il faut relever que les cas d’infection ont été heureusement extrêmement rares», relève François Chappuis, cardiologue à Genève, qui tire son chapeau aux spécialistes de l’Hôpital universitaire de Zurich, qui sont parvenus à détecter cette bactérie et donc à alerter les autorités sanitaires.

Des mesures ont ainsi pu être prises dans toute la Suisse et des contrôles ont permis de détecter la présence de cette bactérie dans trois hôpitaux. Ni le CHUV à Lausanne ni les HUG à Genève ne sont concernés, selon les informations fournies par ces deux établissements.

«Suite au communiqué diffusé le 14 juillet, six patients opérés du cœur aux HUG entre 2008 et 2012 nous ont appelés car ils étaient inquiets. Aucun d’entre eux ne présentait de symptômes infectieux, ni de problèmes de santé. Nous avons donc pu les rassurer», indique Mustafa Cikirikcioglu, spécialiste en chirurgie cardiaque aux HUG.

Jean-Christophe Stauffer, cardiologue à l’Hôpital fribourgeois (HFR), était également prêt à renseigner ses patients. «Nous avons eu passablement de téléphones de nos patients, qui sont en principe opérés soit à Berne, soit à Lausanne. A Fribourg, nous assurons le suivi, avec notamment un contrôle annuel. Les personnes inquiètes peuvent avancer ce rendez-vous. Ceux qui présentent des symptômes font l’objet de contrôles plus poussés. En général, nous sommes beaucoup plus attentifs maintenant que la présence de cette bactérie a été détectée. Mais une personne en pleine forme n’a pas lieu de s’alarmer.»

338 appels à l’OFSP

La ligne d’assistance téléphonique mise en place par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a enregistré 338 appels, la plupart dans les jours qui ont suivi la diffusion de l’annonce. Elle pourrait être prochainement désactivée, dès lors que les patients peuvent aussi s’informer auprès de leur cardiologue.

Jean-Christophe Stauffer se veut dans tous les cas rassurant. «Cette bactérie était connue, on ne savait juste pas qu’elle pouvait être pathogène», explique-t-il. Et pour lui, ce sont probablement des personnes déjà affaiblies qui ont développé des symptômes graves. «Il a dû y avoir une combinaison entre l’état de santé du receveur et la présence de cette bactérie pour qu’une infection grave se développe», suppose-t-il. Et de rappeler que le staphylocoque doré est bien plus redouté, car il pose des problèmes de multirésistance aux antibiotiques.

L’OFSP avoue que des cas d’infections bactériennes à Mycobacterium chimaera n’ont peut-être pas été détectés comme tels par le passé. Mi-juillet, les expériences faites à Zurich permettaient d’estimer à une quarantaine au maximum le nombre de patients susceptibles d’avoir été infectés par la bactérie. On en est loin. Mais pas de quoi faire paniquer les 150 membres du groupe Cardio-Forme de Fribourg. Président de cette association proposant des activités aux personnes ayant eu des problèmes cardiaques, Jean-Pierre Dessarzin garde toute sa confiance dans la médecine: «Nous avons besoin du corps médical. Si nous n’avions pas été opérés du cœur, nous serions morts de toute façon.»