La police cantonale vaudoise n'a rien à se reprocher dans l'affaire des infiltrations de Securitas. Elle n'a pas donné de mandat de recherche particulier et, si elle a bien reçu des informations transmises par la société privée durant le G8, en juin 2003, tout en sachant qu'une personne avait infiltré sur mandat de Nestlé un ou des groupes altermondialistes, elle a «respecté les règles». Telles sont les conclusions du rapport de l'ancien juge cantonal François Jomini, mandaté en juillet dernier par la cheffe du Département de la sécurité, Jacqueline de Quattro, pour faire la lumière sur ce que savait vraiment la police cantonale dans l'affaire dite des infiltrations de Securitas, ou «Nestlégate».

De son côté, Jacqueline de Quattro s'est dite soulagée par ces conclusions, mais précise que la problématique du contrôle des entreprises de sécurité privées reste entière. Dans sa réponse aux interpellations du popiste Josef Zisyadis au Conseil national et de l'écologiste Luc Recordon au Conseil des Etats, le Conseil fédéral invite les cantons à harmoniser leurs règles en la matière, a rappelé la conseillère d'Etat.

Dissiper le flou juridique

La ministre de la Sécurité espère profiter du fait qu'un concordat national sur les entreprises de sécurité soit actuellement en préparation pour dissiper le flou juridique en la matière. «C'est un train que nous devons prendre», dit la radicale, qui se rabattra sur la Conférence latine des chefs de Département de justice et police -qui réunit les cantons romands et le Tessin- si le projet devait échouer au niveau fédéral. Sur le fond, Jacqueline de Quattro s'avoue en effet «interpellée» par le fait que les entreprises de sécurité privées peuvent se livrer à des infiltrations, contrairement à la police cantonale, qui ne peut le faire que sur autorisation judiciaire et dans des cas considérés comme graves.

Pour rédiger son rapport, François Jomini s'est entretenu avec toute la hiérarchie de la police cantonale ainsi qu'avec divers inspecteurs. Mais pas avec des personnes provenant de Securitas ou Nestlé, ni d'ailleurs d'Attac. «Ce n'était pas mon mandat», a-t-il expliqué, en reconnaissant que d'avoir ces entretiens auraient pu être «souhaitable». «Mais je n'ai pas l'impression que l'on m'a raconté des histoires», dit-il, convaincu de la «sincérité» des personnes avec qui il s'est entretenu.

Infos à vendre

Le rapport Jomini rappelle le contexte de l'époque, avec le G8 qui s'est tenu du 1er au 3 juin à Evian. «Une opération d'une envergure que la Suisse et le canton de Vaud n'ont jamais connue depuis la Seconde Guerre mondiale.» Ce sommet a «nécessité la mise en place d'un vaste réseau de recueil de renseignements». C'est lors d'une séance spéciale consacrée à la sécurité de Nestlé à Vevey, en mai 2003, que l'entreprise informe la police vaudoise que Nestlé avait «infiltré les milieux altermondialistes par des personnes qui suivent les réunions à Lausanne ou ailleurs». Des informations sont ensuite transmises par Securitas à la police cantonale. François Jomini n'a pas été en mesure de dire quel type d'informations, mais précise dans son rapport que la police ne savait pas le nom des personnes infiltrées ni celui de l'association concernée. Après le G8, la police cantonale n'aurait plus reçu d'informations de la part de Securitas, qui avait pourtant proposé de vendre les informations provenant de sa cellule de renseignements spéciale. «Une offre que la police a refusée», dit le rapport.

Rien à voir avec le G8

Une version dont doute le député de SolidaritéS et avocat d'Attac Jean-Michel Dolivo, qui juge ce rapport «lacunaire». De plus, l'infiltration de Sara Meylan n'a commencé qu'en septembre 2003, soit après le G8. «Ces infiltrations n'ont rien à voir avec le G8», estime Jean-Michel Dolivo. De son côté, le juge d'instruction cantonal, Jacques Antenen, a affirmé hier être «sur le point» de boucler son enquête sur l'infiltration de Sara Meylan. Il doit déterminer si le cas constitue une infraction pénale. Quant à la seconde infiltration, celle qui concerne le Groupe anti-répression (GAR), l'enquête n'a pas véritablement débuté, la «taupe» Shanti Muller étant à l'étranger. Elle devrait rentrer prochainement.