Personnel surchargé, infirmières en «burn-out», environ 500 postes laissés inoccupés par souci d'économie, patients livrés à eux-mêmes: le tableau dressé mercredi à Berne par l'Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) est si noir qu'elle a décidé de pousser un cri d'alarme. «Les équipes soignantes sont débordées. Elles ne sont plus en mesure de prodiguer aux malades les soins dont ils ont besoin parce qu'elles doivent effectuer des tâches qui devraient incomber à des infirmières-assistantes, par exemple préparer des opérations ou distribuer des médicaments. Cela a pour conséquence que le personnel infirmier fuit de plus en plus le milieu hospitalier et que les jeunes se détournent de la profession. On ne peut pas continuer ainsi», s'insurge une jeune infirmière vaudoise qui vient d'achever sa formation.

13% de médecins en plus, 13% d'infirmiers en moins

L'association, qui représente 26 000 soignants, a mené l'enquête auprès de ses membres. Ce qui les inquiète le plus, ce sont les effets des mesures de restrictions budgétaires décidées par les pouvoirs publics. Parce que ces restrictions se traduisent par une diminution sensible des effectifs hospitaliers, ce qui a d'inévitables conséquences sur la qualité du travail du personnel soignant. Cette tendance, précise l'ASI, est nettement plus perceptible en Suisse romande qu'outre-Sarine. De surcroît, le nombre de médecins a augmenté de 13,2% en dix ans alors que, dans le même temps, le personnel soignant a diminué de 13%, ce qui ne manque pas d'étonner l'ASI.

Craignant d'être les laissés-pour-compte de la politique de la santé, les infirmières et les infirmiers ont décidé de réagir et de condamner publiquement la dégradation de leurs conditions de travail. Ils réclament des moyens financiers supplémentaires pour que les soins puissent être assurés normalement. «Il faut davantage de personnel infirmier. Notre système de santé, qui est trop dirigé vers le secteur médical, est à un tournant. C'est maintenant qu'il faut corriger la répartition des moyens entre les traitements médicaux et les soins infirmiers. Il est erroné d'investir toujours davantage dans le progrès médical et d'enfoncer constamment la pédale de freins lorsqu'il s'agit de soins», plaide la présidente de l'ASI Monika Müller-Angst.

A l'écoute du patient

Elle réclame en particulier l'engagement de personnel assistant supplémentaire afin que les infirmières et les infirmiers puissent se concentrer sur leurs véritables tâches d'encadrement des malades. Un effort doit aussi être fait dans le domaine de la formation continue. «Il faut bien comprendre que la santé est plus que la simple absence de maladie. Le besoin en prestations de soins ne peut être défini ni par les experts, ni par les politiciens. Seul le patient est en mesure de les formuler. Et il n'y a aucune raison de rationner les soins tant que subsisteront des doublons dans plusieurs domaines de la santé», argumente Urs Weyermann, secrétaire général de l'ASI.

Pour appuyer leurs revendications, les infirmières et les infirmiers vont lancer une campagne de sensibilisation publique. «Il est urgent d'approfondir la discussion sur les buts poursuivis par les soins infirmiers. Nous allons mener des actions afin d'expliquer ces problèmes à la population», annonce Urs Weyermann, qui précise que des propositions concrètes seront publiées cet automne.

Ces opérations se feront canton par canton. Elles seront couronnées par une manifestation organisée par la section bernoise de l'ASI sur la Place fédérale début septembre. Mais il n'est pas question de débrayages pour l'instant. «Les infirmiers sont des gens motivés qui aiment leur travail et se soucient de soigner leurs patients. Il n'est donc pas envisagé de lancer des mouvements de grève», ajoute le secrétaire général de l'ASI.