Le ciel au-dessus de l'aéroport de Zurich va changer de morphologie durant ces prochaines semaines. L'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) a présenté hier le nouveau règlement d'exploitation provisoire de l'aéroport. Une semaine après l'annonce de reprise de Swiss par Lufthansa, ce règlement tient de toute évidence largement compte de l'ordonnance allemande en matière de survol du territoire et fait perdre bien des plumes à l'exploitant de l'aéroport.

«Ce règlement, qui considère les restrictions allemandes, est provisoire», a relevé devant les journalistes Raymond Cron, directeur de l'OFAC. «Sa version définitive sera proposée au terme de la procédure de coordination en cours, soit d'ici à 2007.» Les entretiens du conseiller fédéral Moritz Leuenberger avec son homologue allemand Manfred Stolpe, prévus d'ici à la fin de cette année, pèseront de tout leur poids. Actuellement, le survol du sud de l'Allemagne est interdit tôt le matin et tard le soir.

Pour l'aéroport de Zurich, la pilule est amère: le règlement présenté dans ses grandes lignes mercredi n'avalise pas toutes les propositions faites par Unique en 2003. C'est «non» à une flexibilisation totale dans l'utilisation des pistes de décollage et d'atterrissage. C'est «non» à la «clause du hub», qui devait réserver aux grands vols la tranche située entre 22 et 23 heures. Un non prononcé en vertu des accords bilatéraux avec l'Union européenne et du principe de non-discrimination voulu par le droit européen. «Pour ne pas léser les vols charters», explique-t-on à l'OFAC.

Berne a accepté de prolonger d'une heure l'interdiction de voler la nuit, soit à partir de 23 heures au lieu de minuit comme c'est le cas actuellement. Parallèlement, Unique voulait, pour remédier au problème, une souplesse totale concernant le choix des pistes. L'OFAC a préféré un «oui, mais», soit un trafic plus flexible mais avec une réglementation, de sorte «que la population sache à quoi s'en tenir», explique Raymond Cron.

En vertu d'une plus grande souplesse, seront notamment autorisés des départs en direction de l'ouest une demi-heure plus tôt qu'actuellement, soit dès 6 h 30 le matin. Les atterrissages par l'ouest seront possibles à condition que leur nombre soit limité à 36. En revanche, l'obligation pour les avions de décoller par où ils atterrissent sera levée pendant une heure le soir (21 h à 22 h). Par vœu de sécurité – et pour répartir les trajectoires de vol –, l'OFAC approuve également la variante prônant un grand virage à gauche après le décollage de la piste sud. Un virage qui devrait également diminuer l'intervalle entre les avions décollant et atterrissant entre deux pistes (14 et 16).

Le dossier est dense et les commentaires restent plutôt retenus du côté de Unique et de Swiss, principale utilisatrice des lieux. Du côté de la conseillère d'Etat Rita Fuhrer, responsable de la médiation, on demande du temps pour analyser le dossier, plutôt consistant. «On peut déjà être satisfait que ces changements n'interviennent pas en pleine période de Pâques», commente le porte-parole de Swiss, Jean-Claude Donzel. N'empêche que la mise en vigueur d'une partie du règlement, elle, n'attendra pas: le nouveau régime des vols sera valable dès le 14 avril, restructuration de l'espace aérien zurichois oblige.

En fait, l'Allemagne a exigé que les deux zones d'attente des avions situées dans son ciel soient décalées en Suisse, dans les cantons de Thurgovie et d'Argovie, mais «sans émissions de bruit significatives», selon le chef de l'OFAC. Face à cette mutation profonde effectuée en 18 mois, la société de contrôle aérien Skyguide a fait savoir mercredi dans un communiqué que des retards étaient à prévoir lors des premiers jours de mise en fonction du projet.

Si l'aéroport et le canton préfèrent encore retenir leurs commentaires face au nouveau règlement, ils fusent, très désabusés, du côté des associations en guerre contre le bruit autour de Unique. Les cantons voisins d'Argovie et de Thurgovie, tout comme la Ville de Zurich, ont aussi manifesté leur mécontentement. Plus de 10 000 oppositions ont déjà été adressées à la Commission fédérale de recours en matière d'infrastructures et d'environnement.

Alertées par les dommages engendrés pour les régions du sud de l'aéroport, certaines associations ont déjà promis de remonter aux barricades. Thomas Morf, président de l'une d'entre elles, est très critique: «Ici, à Zurich, et contrairement à Genève, on n'a jamais eu le sens des réalités. Le seul souci est une hausse des capacités. La population n'a pas son mot à dire.» Certains disent déjà vouloir s'adresser au Tribunal fédéral.