Samuel Schmid n'a pas tout dit sur l'affaire de l'ancien chef de l'armée Roland Nef, poussé à la démission cet été après la révélation de son comportement envers son ex-compagne.

Le ministre de la Défense a omis en particulier de préciser qu'il avait été informé beaucoup plus tôt qu'il ne l'a reconnu jusqu'ici de la plainte pénale déposée contre Roland Nef par son ancienne amie.

La Radio alémanique l'a révélé en milieu de journée, et le département de Samuel Schmid n'a pas eu d'autre choix que de le reconnaître dans un communiqué en fin de journée: ce n'est pas Roland Nef lui-même qui a mis au courant en premier de ses ennuis judiciaires et privés le ministre de la Défense, mais bien la justice militaire, plusieurs mois auparavant.

Jusqu'ici, le conseiller fédéral avait toujours affirmé avoir été informé de l'existence d'une plainte pénale par Roland Nef en personne dans le courant du printemps 2007, à l'occasion d'un entretien en vue de la nomination du futur chef de l'armée.

Ces révélations atteignent un Samuel Schmid déjà très affaibli politiquement. Sa démission était évoquée mercredi par plusieurs parlementaires membres des commissions de sécurité. Celles-ci ont transmis le dossier de l'affaire Nef aux commissions de gestion du parlement, qui devraient en débattre ces prochains jours.

En novembre 2006, suivant la procédure normale, l'auditeur en chef de l'armée (l'équivalent du procureur général dans la justice militaire), Dieter Weber, avait donné l'autorisation à la justice zurichoise d'enquêter sur Roland Nef. Cette autorisation est requise par le droit militaire pour permettre à la justice ordinaire de poursuivre des militaires en service. Le 14 novembre 2006, l'auditeur en chef a informé de sa décision Samuel Schmid et Christophe Keckeis, le prédécesseur de Roland Nef à la tête de l'armée.

L'auditeur en chef a également précisé que la procédure zurichoise portait sur des soupçons de contrainte dans un cadre privé, indique la porte-parole de la justice militaire, Silvia Schenker.

A compter de cette date, Samuel Schmid n'a sans doute pas connaissance de tous les détails des griefs adressés à Roland Nef par son ex-compagne - ils se révéleront particulièrement scabreux -, mais il a toutes les cartes en main pour poser les bonnes questions s'il le juge nécessaire.

Or les informations communiquées le 14 novembre au ministre de la Défense resteront sans suite, admet le communiqué du département diffusé mercredi. En avançant deux raisons: Roland Nef n'était à ce moment-là pas candidat à la succession de Christophe Keckeis, puisque celle-ci n'était pas encore ouverte; et le brigadier qu'était alors Roland Nef n'était alors pas directement soumis au chef du département.

La suite des événements est connue: une fois candidat au poste de chef de l'armée, Roland Nef s'entretiendra avec Samuel Schmid de la procédure ouverte contre lui à Zurich. Et le conseiller fédéral, au nom de la présomption d'innocence et du respect absolu de la vie privée, se montrera peu curieux, comme il l'a reconnu le mois dernier, préférant «faire confiance».

Une partie des informations sur lesquelles s'est fondée la Radio alémanique figure dans le rapport publié mardi par le Département zurichois de la justice. Répondant à des affirmations de la Weltwoche, celui-ci dément en particulier toute pression des services de Samuel Schmid sur la justice zurichoise dans le traitement de l'affaire. Il n'apparaît pas que Roland Nef aurait été mis indûment au courant de la perquisition de son domicile et de son lieu de travail, qui a eu lieu le 26 janvier 2007.

Le rapport donne cependant des précisions sur le déroulement du contrôle de sécurité effectué sur Roland Nef, bizarrement réalisé après la décision du Conseil fédéral de le nommer au poste de chef de l'armée. Les fonctionnaires fédéraux chargés d'y procéder ont demandé des informations sur la procédure ouverte à Zurich. Le Ministère public cantonal leur a proposé de consulter le dossier pénal, en accord avec le prévenu. Ils y ont toutefois renoncé, mais ont demandé à ce que la décision de classement leur soit notifiée.

Le Département fédéral de la défense précisait mercredi que ces fonctionnaires avaient exigé que Roland Nef informe Samuel Schmid en détail de l'affaire qui l'opposait à son ex-amie. Roland Nef leur a certifié s'être exécuté.

A Samuel Schmid, rappelait le Département de la défense mercredi, il a indiqué qu'il s'agissait d'une affaire strictement privée relative à une séparation douloureuse. Le chef du département a jugé ces explications satisfaisantes, compte tenu du classement de la procédure.