Inge Schmid, 56 ans, UDC, paysanne, quatre fois mère, quatorze fois grand-mère, est candidate à un siège à l’Exécutif en Appenzell Rhodes-Extérieures. Depuis quelques jours, les habitants de ce petit canton se frottent les yeux devant ses affiches de campagne: «Notre homme pour Appenzell Rhodes Extérieures», peut-on lire en grandes lettres au-dessus du visage souriant de la dame.

«C’est de l’humour appenzellois», explique au téléphone la sémillante grand-maman. Les valeurs qu’elle promeut étant «considérées comme masculines» – engagement politique à côté du travail, construction d’un réseau fort, formation continue – elle a décidé de se présenter… en homme. D’abord parce qu’à ses yeux, la femme est un homme politique comme les autres. «Nous avons besoin de personnalités expérimentées pour gouverner. Homme ou femme, c’est secondaire», affirme la prétendante.

Nous valons tout autant que les hommes! C’est ce que je veux dire avec ce slogan

Elle admet aussi avoir voulu «provoquer». L’objectif commun à toute campagne politique – faire parler de soi – est atteint. «Si j’avais écrit: Inge Schmid, notre femme pour Appenzell Rhodes-Extérieures, personne ne m’aurait remarquée», dit-elle, une pointe de fierté dans la voix. Mais celle qui se présente face à deux autres candidats (des hommes) pour remplacer la seule femme siégeant actuellement au sein d’un collège de cinq élus, affirme aussi vouloir «faire réfléchir». Appenzell Rhodes-Extérieures pourrait bien se trouver bientôt gouverné par un collège exclusivement masculin.

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Inge Schmid estime que les femmes sont sous-représentées dans les instances politiques helvétiques: «Nous valons tout autant que les hommes! C’est ce que je veux dire avec ce slogan», prend-elle tout de même le soin de préciser à ceux qui auraient compris le message à l’envers. Il y en a bien qui ricanent, mais elle affirme recevoir surtout, en réaction à sa campagne, des messages de citoyennes la félicitant d’avoir «mis le doigt sur quelque chose».

Se battre pour une crèche

Dans un monde idéal, l’égalité entre les hommes et les femmes ne serait plus seulement slogan, dit-elle: «C’est inscrit dans notre constitution!». L’Appenzelloise n’en est pas à sa première bataille. Maire de Bühler, petite commune de 1746 habitants, elle raconte s’être engagée il y a quelques années pour faire accepter une crèche. «Nous devons offrir à la population des possibilités de garde abordables afin de laisser la place à tous les modèles familiaux», explique-t-elle.

Un discours bien éloigné de la doxa UDC. «Je ne suis pas toujours du même avis que mon parti», admet-elle. Mais l’affranchissement à ses limites: n’allez pas dire à Inge Schmid qu’elle est féministe. «Féministe? Surtout pas!», répond-elle. En Appenzell Rhodes-Extérieures avant-dernier canton en Suisse, à avoir attribué le droit de votes aux femmes en 1989 – 18 ans après l’introduction du suffrage féminin sur le plan national – les vieux démons restent tapis dans l’ombre des campagnes politiques.