La première scène s’ouvre sur une route de terre en pleine forêt pluviale. Au bout de celle-ci: la mine de charbon à ciel ouvert de Cerrejon, en Colombie. La plus grande d’Amérique latine. Puis apparaît le visage d’une femme de l’ethnie Wayuu, qui peuple cette région frontière du Venezuela au nord du pays. «La mine a détruit notre culture», affirme-t-elle. La caméra prend de l’altitude pour montrer l’étendue du bassin de houille creusé dans la montagne – colossal – dont 30 millions de tonnes de roche noire sont extraites chaque année. Et soudain surgit Dick Marty. Car ce documentaire n’en est pas exactement un, c’est un spot politique. Avec un but: convaincre de voter en faveur de l’initiative pour des entreprises responsables.

«Que chacun réponde de ses propres actions»

Réalisé par Filmerei, le court métrage sera mis en ligne ce vendredi. Il devait à l’origine être diffusé dans plus de 150 salles partout en Suisse dès la mi-mars, avant que la pandémie n’annule tout. Il propose quarante minutes d’images tournées entre les contreforts de la mine sud-américaine de Cerrejon et le Nigeria, où opère une large cimenterie appartenant au groupe franco-suisse LafargeHolcim. Deux continents pour une même revendication: obtenir réparation. Un vœu impossible à réaliser, dénoncent les avocats des communautés affectées par ces groupes sis en Suisse, car les systèmes judiciaires dans lesquels ils travaillent sont minés par la corruption. Or, assure le documentaire, l’initiative pour des entreprises responsables vise justement à y remédier.

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«Nous ne prétendons pas que toutes les entreprises se comportent mal, explique Dick Marty sur les contreforts d’un lac tessinois. Mais plusieurs scandales démontrent que certaines multinationales violent les droits fondamentaux des populations locales et créent des désastres au niveau environnemental. Notre initiative demande quelque chose de simple: que chacun réponde de ses propres actions.» Tout est cependant fait selon les règles de l’art, assure un porte-parole colombien de Glencore. «Les problèmes mentionnés appartiennent au passé», certifie également LafargeHolcim. Des images de locaux couverts de poussières suivent ces déclarations, ponctuées d’interventions régulières de représentants de l’Eglise et du patronat suisse favorables à l’initiative.

Le combat en ligne

Financé par des dons, le documentaire misait à l’origine sur la proximité, puisqu’il devait être diffusé par une partie des 500 comités locaux dédiés à la promotion de l’initiative en Suisse, «afin de convaincre ceux qui ne le sont pas encore par des gens proches d’eux». Comme ces projections sont annulées en raison du coronavirus, le comité mise désormais sur l’envoi de 500 000 cartes postales manuscrites que les militants peuvent commander avant de les envoyer à qui bon leur semble. Mais le camp adverse n’est pas en reste. Tapez «entreprises responsables» dans votre moteur de recherche: le premier lien qui s’affiche est un contenu sponsorisé par la faîtière Economiesuisse qui s’intitule «Nous sommes responsables» et qui démonte point par point les arguments des initiants. D’ici au 29 novembre, le combat pour l’attention des Suisses sera féroce.