Réunifier les deux Bâles 180 ans après leur séparation: un comité interpartis le propose dans le cadre d’une initiative populaire lancée vendredi dans les deux cantons. Au-delà de cette fusion, les initiants visent un grand canton du nord-ouest accueillant aussi l’Argovie, Soleure, voire le Jura. Les initiants ont présenté leur texte à la frontière entre Bâle et Münchenstein (BL), lieu hautement symbolique. Il y a 179 ans jour pour jour, les troupes radicales de la ville y ont subi une défaite sanglante contre les conservateurs de la campagne, entraînant la séparation entre Bâle-Ville et Bâle-Campagne en 1833. Une décision prise «sous réserve d’une future réunification volontaire».

Entretemps, les deux demi-cantons - considérés comme «cantons» par l’actuelle Constitution fédérale - se sont rapprochés en raison de la mobilité croissante et de l’interdépendance économique. Pour le comité d’initiative, la collaboration bilatérale est inutilement fastidieuse. Il est temps d’adapter les structures et territoriales à la réalité vécue. Le nord-ouest de la Suisse est devenu un espace homogène pour ses habitants. Une fois les deux Bâles fusionnés, les cantons d’Argovie, de Soleure et du Jura auraient alors la possibilité d’adhérer au supracanton, s’ils le désirent, souligne le Vert Klaus Kirchmayr, député au parlement de Bâle-Campagne.

Si les deux initiatives intitulées «Un seul Bâle» aboutissent et sont approuvées dans leur canton respectif, les citoyens de Bâle-Ville et Bâle-Campagne devront élire 60 représentants respectifs pour former une assemblée constituante commune. La Constitution élaborée par cette assemblée serait ensuite soumise aux citoyens des deux cantons. En cas de double «oui», le dernier mot reviendrait aux Chambres fédérales et au peuple suisse dans une dizaine d’années.

Les Verts des deux Bâles sont à l’origine du projet. Ils ont été rejoints par le PS ainsi que des représentants bourgeois. Six conseillers nationaux de gauche et de droite font partie du comité. Les milieux économiques y sont aussi représentés. Seule l’UDC de Bâle-Campagne ne l’est pas.

Pour contrer toute fusion, des politiciens bourgeois de Bâle-Campagne soutenus par des entreprises du canton ont lancé la semaine dernière une initiative demandant simplement d’«améliorer rapidement» la coopération entre les cantons du nord-ouest (BS, BL, AG, SO, JU). Ce texte réclame en outre un second siège au Conseil des Etats pour chacun des deux Bâles.

Un premier processus réunification avait échoué au siècle dernier. En 1936, les citoyens des deux Bâles ont d’abord approuvé une initiative pour leur réunification. Deux ans plus tard, ils ont adopté un article constitutionnel en ce sens. Après le dépôt d’une initiative cantonale aux Chambres fédérales, ces dernières ont donné leur feu vert en 1960.

En 1969, Bâle-Campagne a toutefois enterré le projet à une majorité de 59%, contrairement aux citoyens de la ville. Le «non» du district d’Arlesheim (BL), le plus important du canton en nombre d’habitants, a été déterminant. Aujourd’hui, la plupart de ses résidents vivent dans les communes de l’agglomération bâloise. Le district compte en outre la majorité des habitants de Bâle-Campagne.

Le canton de Bâle-Campagne compte actuellement 277’000 habitants résidant dans 86 communes d’une surface totale de 518 km2. Bâle-Ville compte, elle, 191’000 habitants sur trois communes et une surface de 37 km2. Contrairement à Riehen (BS) et Bettingen (BS), la ville de Bâle ne dispose pas d’une administration et d’autorités communales. Elle est directement régie par le canton.

Le nord-ouest de la Suisse est la région la plus instable sur le plan de sa territorialité depuis l’instauration de la Confédération en 1848. En 1979, les districts catholiques du Jura se sont détachés du canton de Berne pour former leur propre canton. Et en 1994, la vallée du Laufonais est passée du canton de Berne à celui de Bâle-Campagne.