Ils auraient de quoi se réjouir et pourtant ils restent prudents. Le dernier sondage SRG SSR idée suisse montre que les opposants à l’initiative anti-minarets restent au nombre de 53%, alors que les partisans n’ont percé que de trois petits pour cent pour atteindre 37%, contre 34% en octobre. Pas de grand changement donc par rapport au précédent sondage. Mais dans les rangs des opposants, pas question de déboucher le champagne trop tôt. Beaucoup craignent de mauvaises surprises dans le secret des urnes. Car le sujet est assez «tripal», comme le souligne un observateur. Et le risque que beaucoup soient tentés de voter «contre l’islam» sans tenir compte des conséquences d’un oui, est grand.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les présidents des partis, exceptés ceux de l’UDC et de l’UDF, ont lancé mardi un appel commun à voter contre l’initiative (LT du 18.11.09). Une démarche inhabituelle qui démontre le besoin de serrer les rangs jusqu’au bout. En 2004, un tel «sursaut républicain» avait eu lieu trois jours avant la votation sur les naturalisations facilitées en réaction aux dérapages de l’UDC. Sans produire l’effet escompté.

53% de non? «Cela ne doit pas devenir un oreiller de paresse. Nous allons nous mobiliser jusqu’au bout, notamment parce que les 10% d’indécis pourraient être tentés par le oui», réagit Damien Cottier, chef de la communication au PLR. Même réaction chez Ada Marra (PS/VD): «Il ne faut rien lâcher jusqu’au 29 novembre. Rien n’est gagné. Cette campagne demande beaucoup de travail, d’explications, de temps à prendre pour discuter avec les gens. Il semble que nous ayons de bons arguments: l’importance de la neutralité confessionnelle avec, comme limite, le respect des lois et de la Constitution. Et nous devons continuer à démontrer que les musulmans de Suisse sont pacifiques et n’ont rien à voir avec les terroristes», commente la conseillère nationale.

Surprise au PDC glaronais

Fait intéressant, le PLR, qui a voulu faire campagne séparément pour mieux toucher ses propres électeurs, accuse chez ses partisans une augmentation de personnes favorables au texte lancé par une poignée d’UDC et d’UDF. En octobre, 31% des sympathisants du PLR se déclaraient prêts à mettre un oui dans l’urne; or ils sont aujourd’hui 38%. La part du non s’est aussi affaiblie, passant de 58 à 54%. Pour Damien Cottier, cette évolution démontre que le PLR devra continuer de s’engager jusqu’au jour du vote.

Il insiste: «Nous avons eu raison de mener campagne séparément. Le sondage met en évidence les craintes exprimées dans la population et le risque que certains pourraient être tentés de donner un signal contre un islam jugé conquérant. Mais nos électeurs ne veulent pas des arguments angéliques de la gauche. L’alliance entre la gauche et l’UDC a eu raison de la loi sur la sécurité intérieure. Or pour nous, il est indispensable de répondre aux inquiétudes de la population en améliorant la surveillance, en expulsant les prédicateurs de haine et en poursuivant les efforts d’intégration.»

Les Verts sont aujourd’hui 79% (+6) à dire non, contre 76% (+10) pour le PS. Mais on constate chez eux aussi une légère progression du oui, qui passe de 14% à 21%. Autres résultats: les gens proches du PDC sont plus nombreux qu’en octobre à voter contre (56%; +3). Dans les rangs UDC, le oui a, sans surprise, pris l’ascenseur pour s’établir à 78% (+11).

Effectué auprès de 1213 personnes, le sondage indique également que le oui est passé de 34 à 41% en Suisse alémanique. Pas d’évolution semblable en Suisse romande et au Tessin. C’est justement en Suisse alémanique qu’une surprise est venue: la section glaronaise du PDC a décidé mardi soir, après un débat très émotionnel, de soutenir l’initiative. Par deux voix d’écart. Sur le plan confessionnel, les athées et agnostiques restent les plus nombreux à rejeter le texte (63%). Viennent ensuite les protestants (54%) et les catholiques (49%). Chez ces derniers, le camp du oui s’est quelque peu étoffé (39% contre 31 en octobre). Contrairement aux résultats d’un autre sondage, celui effectué entre le 9 et le 14 novembre par gfs.berne pour la SSR ne démontre pas que les femmes sont plus enclines à voter oui. Elles sont, exactement comme les hommes, 37% à l’envisager.

S’agissant des arguments qui poussent à voter contre l’initiative, aucun ne l’emporte de façon très nette. 52% des sondés estiment qu’elle représente un danger pour nos relations économiques et politiques avec l’étranger, 47% dénoncent une politique anti-étrangers et 42% jugent qu’une interdiction des minarets violerait des droits fondamentaux. Du côté des partisans, 50% jugent que les minarets représentent un symbole de domination; ils sont aussi 49% à dire oui pour protester contre l’extension de l’islam en Suisse et en Europe. Et 47% sont d’accord avec l’assertion selon laquelle les mosquées doivent être construites sans minarets.