Les militaires pourront garder leur fusil d’assaut dans le placard. Infligeant une cuisante défaite à la gauche, le peuple a refusé dimanche par 56,3% des voix l’initiative «pour la protection face à la violence des armes». Seuls six cantons y ont donné leur feu vert.

Plus de 1,395 million de personnes ont glissé un «non» dans l’urne, plus de 1,083 million un «oui». Très émotionnelle, la campagne a mobilisé la population plus que la moyenne. La participation s’est inscrite à quelque 49,2%.

Le scrutin a créé une «barrière de röstis» mais a aussi opposé ville et campagne. Mis à part le Valais et Fribourg qui ont dit «non» à respectivement 61,9% et 58,9% des voix, les cantons romands ont approuvé le texte. Le Jura (52%), Neuchâtel (53,2%) et Vaud (53,7%) l’ont fait assez modestement, Genève très nettement avec 61,1%. Deux «oui» urbains alémaniques

Outre-Sarine, le «oui» ne l’emporte que dans deux autres cantons urbains. À Bâle-Ville, l’initiative a été soutenue par 58,9% des voix et à Zurich, elle passe sur le fil (50,4%).

Tous les autres cantons alémaniques ont mis les pieds au mur, surtout en Suisse centrale. Appenzell Rhodes-Intérieures est le champion du refus avec 72,3% de «non» devant Obwald (71,9%). Bâle- Campagne clôt la marche avec 54,8%. Le Tessin est aussi dans le camp des opposants avec 63,5% des voix. Tradition victorieuse

Le texte voulait rendre obligatoire le dépôt des armes d’ordonnance dans les arsenaux et interdire leur conservation après la fin des obligations militaires. Le but était de retirer 1,7 million d’armes militaires de la circulation afin de réduire les suicides et les meurtres. Un registre des armes à feu aurait aussi été mis sur pied.

La défaite est cinglante pour la gauche, milieux pacifistes en tête. L’idée d’éviter de nouveaux faits divers tragiques en sauvant des vies n’a pas fait le poids face à la défense de la tradition du soldat suisse que l’initiative aurait piétinée pour rien, de l’avis du camp bourgeois.

Pour le gouvernement et la majorité du Parlement, la législation protège suffisamment la population contre l’usage abusif d’armes. Il n’est déjà plus possible de prendre des munitions de guerre à domicile et les armes peuvent être déposées à l’arsenal. Pour ses détracteurs, l’initiative aurait en outre offert une protection illusoire en ne résolvant pas le problème des armes illégales.