A u moins douze cantons, tous alémaniques, ont des communes qui utilisent des machines à compter sans autorisation. Sur suggestion de la Chancellerie fédérale, ces communes devraient procéder à un dépouillement à la main du scrutin sur l'asile pour que les résultats spectaculaires de dimanche – seules 3422 voix ont permis d'éviter que l'initiative de l'UDC ne passe – puissent être définitivement annoncés. Alors que les villes de Berne et de Thoune ont spontanément décidé de recompter manuellement leurs bulletins de vote, la Chancellerie a en effet incité l'ensemble des cantons à en faire autant. Plus précisément, la chancelière Annemarie Huber-Hotz a adressé le 26 novembre une lettre aux chanceliers d'Etat des cantons, leur demandant de s'enquérir auprès de leurs communes de la méthode appliquée pour dépouiller le scrutin et d'exiger, en cas de nécessité, un «recomptage». Les résultats définitifs de la votation ne seront connus que début février.

L'utilisation de techniques nouvelles pour établir le résultat des scrutins – la ville de Berne utilisait depuis 1997 une machine à peser – n'est certes pas interdite mais, conformément à l'art. 84 de la loi fédérale sur les droits politiques, elle est soumise à l'autorisation du Conseil fédéral. Or, à l'exception d'une demande émanant de Genève (pour un système de lecture optique), aucune autre commune ou canton ne s'était vu accorder une telle autorisation. La situation devra être clarifiée avant les votations fédérales du 9 février prochain. Parmi les cantons concernés, certains se montrent réfractaires à la demande de la Chancellerie. C'est le cas du canton d'Argovie: son chancelier Urs Meier a souligné à l'agence AP que des machines similaires à celles servant à compter les billets dans les banques sont probablement utilisées «depuis plus de dix ans dans le canton». Selon lui, il n'y a pas de raison de recompter, les machines étant fiables. Les cantons ont le droit de s'opposer au «recomptage» pour autant qu'aucun recours ne soit déposé. Parmi les autres cantons dans lesquels les bulletins de vote ne sont pas comptés manuellement cités par AP figurent ceux d'Argovie, Bâle-Ville, Lucerne, Nidwald, Obwald, Schwyz, Thurgovie, Saint-Gall, Zoug, Zurich et les Grisons.

Pour Annemarie Huber-Hotz, rien ne permet encore de dire que l'utilisation de moyens techniques ait tronqué les résultats: les mesures ont avant tout été prises pour éviter toute polémique et «préserver la crédibilité de l'Etat». Inquiet, l'entourage de Ruth Metzler reste pourtant en contact permanent avec la Chancellerie pour sentir dans quel sens le vent tourne. Car, outre la question des machines utilisées, des résultats annoncés par les cantons à la Chancellerie (les procès-verbaux de votation communaux sont auparavant collectés par les cantons) peuvent contenir des erreurs en raison de mauvaises transmissions par fax ou par téléphone. Bien que la Chancellerie n'ait pas voulu nous le confirmer, le chiffre de 3422 voix d'écart n'est déjà plus d'actualité; les services de Ruth Metzler ont par ailleurs été avertis du fait que le nombre des oui et des non changeait, mais sans connaître la tendance qui s'en dégage. Aux dires de Hans-Urs Wili, chef de la section «droits politiques» de la Chancellerie, l'expérience de ces vingt-cinq dernières années démontre que les résultats définitifs pourraient s'écarter de 2000 à 10 000 voix des résultats publiés au soir du scrutin. Ce qui signifie que tout est encore ouvert: l'«échec triomphal» de l'UDC peut ainsi en théorie encore se métamorphoser en triomphe tout court.

A l'Office fédéral des réfugiés, personne n'y croit vraiment. «Pour nous, l'initiative a été rejetée et je ne pense pas que les résultas vont considérablement changer. Notre préoccupation se focalise par contre sur notre politique d'information», explique le porte-parole Dominique Boillat. Il poursuit: «Ruth Metzler n'a jamais prétendu que tous les problèmes liés à l'asile pouvaient être résolus en un coup de baguette magique: nous devons le faire comprendre aux gens. Informer davantage les partis sur les questions liées à l'asile fait également partie de nos priorités: les débats parlementaires à propos de la révision de la loi se feront dans une ambiance lourde. Donc non, nous n'allons pas arrêter de respirer en attendant les résultats définitifs: nous avons largement de quoi nous occuper d'ici là!»