Le Temps: Vous avez déposé en décembre une initiative parlementaire pour l’élection du Conseil fédéral sur une liste bloquée. En 2006 le Parlement avait repoussé l’initiative Markwalder sur le même thème. Qu’est-ce qui a changé depuis? Hugues Hiltpold: Le climat a changé dans le monde politique. Tout le monde s’accorde à dire que le modèle actuel d’élection et de fonctionnement du Conseil fédéral ne permet pas de faire face aux problèmes actuels. Dans nos relations avec les pays voisins, dans la crise financière ou après la votation sur les minarets, on s’est rendu compte que nos structures ne sont pas adaptées à ces défis. Lors de l’élection de Didier Burkhalter au Conseil fédéral, le parlement n’a parlé que de stratégie et de personne, mais pas de politique ou de l’avenir des assurances sociales. Or c’est ce que beaucoup d’entre nous ne veulent plus.

– Une réforme limitée aux structures, comme l’augmentation du nombre de conseiller fédéraux, ne suffirait-elle pas? – Il faut aller plus loin. On élit aujourd’hui des candidats parce qu’ils sont membres d’un parti qui, numériquement, peut prétendre à être représenté au gouvernement. Il faut élire un gouvernement avec un programme, un collège qui partage une vision commune. L’exercice actuel autour d’un programme de législature est insuffisant, parce qu’en cas d’échec il n’y a pas de sanction. Il faut une force contraignante sur le gouvernement.

– La différence avec l’initiative Markwalder c’est que vous proposez de désigner une tête de liste qui serait le président de la Confédération pour quatre ans. Ne signerait-il pas la fin de la collégialité? – Non, regardez l’expérience menée dans le canton de Vaud. Le président Pascal Broulis n’étouffe pas les autres conseillers d’Etat. Ils peuvent développer une politique très visible et leur voix dans le gouvernement reste à égalité. Mais une présidence de la Confédération pour quatre ans donnerait une meilleure visibilité à la Suisse à l’étranger. – Faudrait- il modifier la Constitution?

– Juridiquement ce ne serait peut-être pas nécessaire. Mais symboliquement, faire adopter une telle modification par le peuple donnerait plus de légitimité au Conseil fédéral. Il ne faut pas oublier non plus l’initiative de l’UDC pour une élection du Conseil fédéral par le peuple et l’élection du gouvernement sur liste bloquée pourrait constituer un contre-projet.