De justesse, à quelques jours du délai, l'initiative populaire pour l'union Vaud-Genève est sur le point d'aboutir du côté vaudois. Ses auteurs ont prévu de recueillir samedi matin, sur la place du Marché de Vevey, la 12 000e signature symbolique. Pourtant le travail militant commencé il y a trois mois sera prolongé jusqu'au dernier moment, jusqu'au lundi 19 avril, date butoir pour le dépôt des listes. Le point avec François Cherix, le responsable de la campagne.

Le Temps: Le résultat n'est-il pas encore acquis?

François Cherix: Il ne faut surtout pas se démobiliser. Le dernier effort est indispensable pour assurer la validité de l'initiative. Nos listes de signatures, qui rentrent au rythme de 200 par jour, contiennent en moyenne 11,2% de paraphes non valables, ce qui représente la frange supérieure de la fourchette habituellement admise pour les déchets. Pour être tout à fait tranquilles, nous visons l'objectif de 14 000 signatures. Il nous reste deux week-ends et le Salon du livre.

– Qui signe votre initiative?

– Le canton de Vaud a 360 000 électeurs, mais nos observations confirment que deux tiers d'entre eux sont des abstentionnistes, qui se fichent de la politique. Il y a donc 33% de citoyens politisés, qui se répartissent à leur tour en trois tiers. Dix pour-cent disent catégoriquement non à notre initiative, tandis que 13% ne sont pas prêts à prendre position sur la question que nous posons. Restent 10% de gens convaincus ou susceptibles de l'être. Tout notre travail est concentré sur ce segment de population. Celui-ci ne représente guère que 36 000 personnes, mais nous devons, pour être sûrs d'aboutir, en convaincre 40%.

– Comment avez-vous récolté vos signatures?

– Dix pour-cent seulement ont été recueillis par mailing et 90% par contact direct, à nos stands. Pour les obtenir, il a fallu faire 150 000 fois le geste d'aborder un passant. Ce qui représente 1200 heures de travail actif dans la rue, sans compter les déplacements. Nous avons surtout travaillé dans le grand Lausanne, sur la Riviera et La Côte, mais nous avons aussi fait des démarches au Pays-d'Enhaut ou dans la Broye. Je crois pouvoir dire que presque toutes les communes du canton sont représentées sur nos listes.

– Vous avez établi une typologie des partisans et des adversaires de l'initiative. Quelle est-elle?

– C'est le clivage Suisse qui est/Suisse qui devient, qui dépasse les oppositions partisanes. Les partisans correspondent à ce que j'appellerai un «type réformiste». Ils partagent notre diagnostic sur la nécessité de revitaliser le fédéralisme et ont souvent été confrontés personnellement à l'inadéquation des frontières actuelles. On peut distinguer quelques principaux sous-groupes: des jeunes dynamiques, qui ont par exemple des problèmes de reconnaissance des diplômes; des femmes âgées, qui veulent ouvrir l'avenir de la jeunesse; des citoyens déçus par les blocages, comme l'absence d'enseignement romand, et désormais prêts à accepter des mesures drastiques; des gens à intérêts sectoriels qui voient les avantages d'un passage à la région dans leur branche; des chefs de petites et moyennes entreprises, qui ne supportent plus les complications administratives; les intellectuels, séduits par l'idée d'abattre des cloisons mentales.

– Et les opposants?

– Ils répondent à un «type identitaire» et leurs réponses se situent souvent sur un plan très émotif. Parmi eux également, il est possible d'identifier quelques groupes. Il y a ceux qui nous reprochent de vouloir réaliser un Novartis politique, alors que notre initiative se veut au contraire une réponse politique indispensable à la globalisation; des jeunes dont toutes les préoccupations sont axées sur la consommation; de jeunes cadres high tec qui pensent que nos réflexions sont du temps perdu, car tout se résout par l'économie; les vieux grincheux réfractaires à tout changement, qui sont surtout des hommes; les nostalgiques d'une Suisse rurale et à landgsgemeinde.

– La suite des événements?

– L'initiative genevoise devrait être lancée après les vacances d'été, de manière à aboutir vers la fin de l'automne. De part et d'autre, le traitement des initiatives devrait être achevé à la fin 2001 dans le meilleur des cas. Le vote populaire pourrait survenir au premier semestre 2002. Dans quatre ans, une constituante Vaud-Genève pourrait siéger…

Propos recueillis par Yelmarc Roulet