Les médecins se vaccinent plus volontiers que les infirmières. Les statistiques manquent officiellement pour le Covid-19, car les administrations de santé n’aiment pas en parler. Mais pour la grippe, par exemple, le taux de vaccination tourne autour de 70% chez les médecins et descend à 30-40% chez le personnel infirmier. Le scepticisme de ce dernier face au vaccin contre le Covid-19 se détache des attitudes rationalistes des organisateurs des campagnes de vaccination, certains s’opposant à une vision trop technologique de la médecine. Cette défiance trouve-t-elle son origine dès la formation? Nous sommes allés poser la question à Inka Moritz, directrice générale de la Haute Ecole de santé Vaud. L’établissement, situé sur le complexe du CHUV à Lausanne, compte plus de 1200 étudiants, il est le plus grand centre de formation des professions de la santé du canton de Vaud.

Lire aussi: Face au vaccin, le personnel soignant piqué d’un doute

«Le Temps»: Comment abordez-vous la question de la vaccination dans les cours de soins infirmiers?

Inka Moritz: Nous nous inscrivons dans la ligne de l’OFSP, qui recommande fortement la vaccination. Par ailleurs, nos étudiants savent qu'elle est quasi obligatoire pour accéder aux stages. Ce n’est pas une exigence de l’école, mais des institutions de soins dans lesquelles ils vont se rendre, les EMS ou les hôpitaux. Par exemple, les étudiants qui effectuent un stage en pédiatrie ou en maternité doivent être vaccinés contre la coqueluche. Les vaccins contre la rougeole, la diphtérie-tétanos ou l’hépatite B peuvent aussi être demandés dans certains services. En sortant de l’école, certains feront leur chemin de vie en changeant peut-être leur pratique, leur façon de voir.

Y a-t-il une influence philosophique des sciences infirmières qui mettrait en doute l’intérêt de la vaccination?

Je n’espère pas. Je ne vois pas en quoi le vaccin s’opposerait à la volonté d’aider son prochain. Car aider son prochain, c’est aussi le protéger. Je suis très mal à l’aise avec cette statistique des infirmières anti-vaccin. Si, dans l’école, nous avons des recommandations très claires concernant la vaccination, dans ma vie personnelle j’essaie de convaincre les gens que, si on peut se faire vacciner, il faut le faire. C’est un devoir envers la société. Les personnes à qui l’on refuse la vaccination comptent sur celles qui peuvent se faire vacciner pour rester en bonne santé. Cela s’inscrit dans une optique soignante, c’est mon avis, mais apparemment il y en a d’autres.

Le personnel soignant a-t-il un devoir d’exemplarité dans la campagne de vaccination contre le Covid-19 ou dans la confiance dans la science en général?

Personnellement, j’ai des attentes supplémentaires vis-à-vis des gens qui travaillent dans le domaine médical. Une infirmière qui ne se vaccine pas, ce serait comme une pilote ou une hôtesse de l’air qui installe les passagers au moment du boarding, mais refuserait ensuite de voler en avion. Cela manque de cohérence. Un ami médecin référent d’un EMS a réussi, année après année, à monter son taux d’infirmières vaccinées contre la grippe. Comment? En discutant avec elles de leurs craintes, en amenant des réponses, en déconstruisant de fausses croyances. La pédagogie fonctionne mieux que l’obligation.

Y a-t-il des unités connues pour être davantage vaccino-sceptiques?

Dès que l’on sort de la médecine scientifique, il y a tout un continuum de médecines qui existent, jusqu’à l’ésotérisme. Certaines médecines complémentaires sont pratiquées à l’hôpital et figuraient dans le catalogue LAMal durant de nombreuses années. L’intégration de ces types de thérapie au sein d’une prise en charge est tolérée, voire encouragée. Donc je ne pense pas que l’attrait et la pratique des médecines complémentaires aient un lien direct avec une attitude anti-vaccin. Je pense qu’un certain nombre de gens font la part des choses entre les niveaux de soins. Les médecins eux-mêmes recourent à des médecines complémentaires à un taux de 40%. Sans pour autant rejeter la vaccination.


Sur nos blogs: Pourquoi les soignants ont le devoir moral de se vacciner contre le Covid-19