C'est une ruse du ministre UDC des Finances bernoises: au moment de faire adopter le budget de l'année suivante, il noircit les perspectives pour inciter le Grand Conseil à redoubler de rigueur. En décembre 2005, Urs Gasche laissait entendre que, pour la première fois depuis 1998, les comptes cantonaux pourraient être rouges. La faute aux inondations du mois d'août, au coût estimé à plus de 100 millions, alors que le budget 2005 ne prévoyait qu'un petit excédent de produits de 40 millions.

Rien de tout cela à l'arrivée. La trésorerie bernoise, assainie grâce à une décennie de programmes répétés qui permettent d'économiser 1 milliard par an (pour un budget de 8,8 milliards), est à même d'absorber les effets de la catastrophe naturelle. Mieux: les comptes 2005 bouclent avec un bénéfice de 106,7 millions, le bonus financier global atteint même 163 millions (le taux d'autofinancement des investissements est de 159%).

C'est le huitième exercice positif consécutif du canton de Berne. «Au risque de paraître ennuyeux, rien de neuf à Berne», sourit Urs Gasche, satisfait et ironique, rapport aux élections du 9 avril qui ont provoqué le basculement à gauche de la majorité gouvernementale.

Un chiffre illustre la capacité bernoise à maîtriser ses finances: celui de la masse salariale. En 2004, elle représentait 2,8 milliards. Le gouvernement l'a accrue de 1% en 2005, pour permettre de modestes primes au mérite et une compensation partielle du renchérissement. Le budget prévoyait 2,83 milliards, les comptes «dépassent» ce montant de 7,1 millions, soit 0,2%, en raison d'une décision du Tribunal administratif favorable aux profs de l'Uni.

Le résultat positif s'explique avant tout par des rentrées fiscales supérieures de près de 4% aux prévisions.

La rigueur et les 2,35 milliards reçus de la vente de l'or excédentaire de la Banque nationale permettent au canton de Berne de réduire sa dette de 10,1 à 7,5 milliards, soit 17% du revenu cantonal. «C'est réjouissant, mais la dette reste lourde», martèle Urs Gasche, estimant que si les taux d'intérêt passaient à 5%, il en coûterait 200 millions de plus par an à son canton.

Désireux de conserver le portefeuille des Finances, malgré le changement de couleur du Conseil d'Etat, le magistrat UDC n'entend pas changer de stratégie: «Les efforts déjà fructueux d'assainissement doivent être poursuivis, pour réduire les impôts et pour se montrer plus compétitif sur le marché de l'emploi.»