«Qui aurait pu croire, il y a dix ans encore, que nous consacrerions l’un de nos déjeuners au maintien de l’ordre à Genève? Qui aurait pu croire qu’il deviendrait si difficile de maintenir la sécurité dans cette ville?» Lancée dans les salons cossus de l’hôtel Richemond, la question de Michael McKay est de toute évidence celle que se posaient les invités de la British Swiss Chamber of Commerce (BSCC), qui organisait vendredi l’un de ses traditionnels dîners d’affaires.

Thème de la manifestation: «Faire de Genève une ville plus sûre : réalités politiques». Devant une salle comble et particulièrement attentive, le conseiller d’Etat Pierre Maudet, en charge de la Sécurité du canton de Genève, était attendu comme le loup blanc par les hommes d’affaires de la communauté anglophone de Genève. Qui, si l’on en juge par le nombre de témoignages apeurés, ne reconnaissent plus la ville paisible et tranquille dans laquelle ils avaient choisi de s’installer.

Au-delà des peurs personnelles, une crainte plus générale: celle de voir l’attractivité économique de la ville et du canton pâtir d’une situation décrite par beaucoup comme très préoccupante. Et le responsable de la compliance de la SGS (Société générale de surveillance), Olivier Merkt, d’interpeller le magistrat au micro: «Nous avons subi quatre incidents importants au cours des derniers mois. D’abord, lors de la visite de partenaires chinois de haut niveau. Ils avaient garé leur minibus devant notre siège de la rue des Alpes. En ressortant du meeting, la voiture avait été cambriolée, les passeports et les papiers dérobés, inutiles de vous dire qu’ils étaient furieux. Ensuite, et cela s’est produit dimanche passé, un manager australien s’est fait attaquer par trois individus qui ont essayé de lui arracher son sac alors qu’il sortait du bâtiment vers 17heures. Heureusement, c’est un grand gaillard et il a pu les faire fuir. En juillet dernier, l’un de nos directeur américains s’est fait voler son portefeuille alors qu’il marchait vers on hôtel. Enfin, il y a 18 mois l’un de nos collaborateurs étrangers s’est fait menacer au couteau au jardin anglais et a d, lui aussi, donner son portefeuille. Mesurez-vous, Monsieur le conseiller d’Etat, l’impact économique d’une telle situation?»

Devant une inquiétude aussi clairement formulée, Pierre Maudet n’a pas eu trop de 15 minutes d’allocution, en anglais, pour calmer les esprits. Son message: le gouvernement est conscient du problème, l’ouverture des frontières a profité à l’économie genevoise mais aussi attiré une nouvelle criminalité, la priorité est à la lutte contre la criminalité de rue et les cambriolages et les choses bougent. Mais Rome ne s’est pas faite en un jour, «nous avons certainement pris du retard et pêché par naïveté.»

Le conseiller d’Etat PLR en a ainsi profité pour rappeler qu’il s’est entendu, en septembre, avec le procureur général Olivier Jornot, pour mieux coordonner l’action de la police et celle de la justice; qu’il a soumis un plan au gouvernement afin de «doubler les places de prison»; et que, désormais, les criminels en situation irrégulière passent par la filière pénale à partir de la deuxième infraction, s’exposant, ainsi, «à trois, quatre, cinq ou six mois d’incarcération.»

«Mais ne nous y trompons pas, a-t-il conclu. La population doit aussi comprendre que la croissance de l’agglomération attire inévitablement une nouvelle criminalité. La sécurité passe donc aussi par la responsabilité individuelle, les gens doivent aussi se protéger, installer des systèmes d’alarmes par exemple contre les cambriolages.» En un mot comme en mille, le bon vieux temps est définitivement révolu.

Le magistrat a-t-il réussi à convaincre? «Il essaie de faire son travail, hésite Olivier Merkt. Je ne veux pas me lancer dans des considérations politiques. Mais la situation est préoccupante. Je constate simplement que nos collaborateurs n’aiment plus venir à Genève. Ils se passent le mot, et ça va vite, le bouche à oreille…»