Quelles sont les menaces qui pèsent sur la Suisse en 2015? Comme il a l’habitude de le faire périodiquement, le Conseil fédéral a adopté mercredi un nouveau rapport sur la sécurité, qui fait suite à celui publié en 2010. Initialement, une nouvelle analyse des risques était attendue en 2014. Mais, explique le chef du Département de la Défense, Ueli Maurer, sa publication a été reportée afin de réévaluer la situation à la lumière de la crise ukrainienne et de l’émergence de l’Etat islamique.

Les principaux changements intervenus depuis 2010 sont connus: «Bouleversements et conflits en Afrique du Nord et au Proche-Orient, intensification des mouvements migratoires, essor de l’Etat islamique, attrait du djihad, annexion de la péninsule de Crimée par la Russie, combats dans l’est de l’Ukraine, dégradation rapide des relations entre la Russie et l’Occident, multiplication des cyberattaques», en particulier. La liste est sans surprise. Et le rapport précise bien qu'«on aurait tort d’en conclure que tout a changé depuis 2010.»

Ueli Maurer: «On s’est remis à parler de guerre»

«La détérioration des relations entre l’Est et l’Ouest n’était attendue par personne. On s’est remis à parler de guerre», ajoute Ueli Maurer. Cette évolution intervient, souligne le rapport, dans un «ordre mondial multipolaire», qui voit les grandes puissances que sont les Etats-Unis, l’Europe et le Japon se faire concurrencer par des économies émergentes comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Plus surprenant, le rapport cite aussi l’Indonésie et la Turquie parmi les nouveaux «acteurs majeurs de l’économie mondiale», alors que la Russie «stagne sur le plan économique par rapport aux autres pays émergents.»

Les changements constatés depuis 2010 constituent des menaces et des dangers que la Suisse doit prendre en compte. Certes, le rapport juge «peu probable que la Suisse soit elle-même directement victime d’une agression armée ou impliquée dans une telle agression». «Néanmoins, la probabilité d’un conflit militaire en Europe et dans sa périphérie pouvant avoir des conséquences pour la Suisse s’est accentuée.»

Pas la base d’une nouvelle réforme de l’armée

Ueli Maurer en profite pour souligner que le concept de développement de l’armée se justifie face à une telle menace. «Ce rapport ne constitue toutefois pas la base d’une nouvelle réforme de l’armée. On fera une nouvelle évaluation dans le cadre du prochain rapport sur la politique de sécurité, autour de 2020», pronostique-t-il.

Ce que le rapport souligne, c’est que la Suisse pourrait être concernée par la «combinaison de dangers et menaces, comme une cyberattaque liée au terrorisme», relève Ueli Maurer. S’agissant de la crise migratoire, le rapport n’y voit aucun danger sécuritaire particulier. «L’augmentation des mouvements migratoires ne constitue pas en soi une menace pour la Suisse en termes de sécurité», lit-on dans le rapport.

En d’autres termes, il n’y aucune raison de mobiliser l’armée sans délai pour contrôler les frontières comme le réclame le parti d’Ueli Maurer. «Le Conseil fédéral considère que le corps des gardes-frontières a la situation en main. Mais ça peut changer très vite», commente le conseiller fédéral UDC. Qui ajoute que, si l’armée devait intervenir aux frontières, elle le ferait en appui aux gardes-frontières comme le prévoit la législation. Pas question d’envoyer des soldats armés se planquer dans les bosquets prêts à tirer sur les réfugiés récalcitrants.

Elaboré sur la base d’une vaste collaboration entre les départements fédéraux et les cantons, le rapport est mis en consultation avant d’être transmis au parlement l’an prochain. Déjà protéiforme au départ, il risque d’être encore largement amendé jusqu’à ce qu’il prenne une forme définitive.