L'accusé a eu la parole en dernier. Werner K. Rey a choisi de le faire en adressant 170 questions au tribunal – une par semaine passée en prison, précise-t-il. – Est-il juste de me qualifier de criminel qui n'a jamais rien créé? – Pourquoi les réviseurs n'ont-ils jamais émis des réserves sur mes comptes? – Peut-on dire que la valeur d'Inspectorate annoncée aux investisseurs ne correspondait pas à la valeur réelle de l'entreprise quand on sait que le cours de l'action n'est jamais descendu en dessous? – Ai-je empêché les banques de me poser des questions sur mes affaires?

C'est bien la question centrale de ce procès qui s'est clos mercredi et dont on connaîtra le résultat le 8 juillet: peut-on accuser un homme d'escroquerie pour des faits isolés dont une bonne partie n'a pas occasionné la moindre perte à ceux qui s'en plaignent aujourd'hui, en particulier les banques? L'avocat de l'accusé, Stefan Suter, a fait jouer cette corde pour demander l'acquittement de son client. En soulignant avec force que «tous ceux qui ont acheté des actions Inspectorate ont gagné de l'argent». L'accusation réclame 10 ans de prison. Pour elle, le «système Rey» s'est bâti notamment autour de l'entrée en Bourse d'Inspectorate, en 1986, une société que le financier aurait artificiellement embellie pour mieux la vendre ensuite aux investisseurs. Le fait est que l'opération a été un grand succès et que les banques ont pu revendre au public le paquet d'action qu'elles avaient acquis à des conditions intéressantes.

Le crédit que s'est fait accorder Omni par un consortium de banques, la même année? «Il est absurde d'y voir une escroquerie», s'emporte l'avocat. Ce prêt a toujours été couvert par des actifs suffisants, et il a été remboursé intégralement. Le procureur se trompe en invoquant la jurisprudence du Tribunal fédéral pour soutenir sa thèse (lire Le Temps de mercredi). Car le Tribunal fédéral lui-même tient compte de la valeur intrinsèque de l'entreprise, a-t-on pu entendre.

Information biaisée

La faillite n'est pas un délit, rappelle l'avocat. Ne chercherait-on pas à faire de Werner K. Rey un bouc émissaire, payant les erreurs d'une époque? En tout cas, Stefan Suter a le sentiment que les droits fondamentaux de son client ont été foulés aux pieds. «Dans le climat actuel, je sais que je demande en vain l'acquittement: car il n'est plus envisageable, politiquement, que mon client ressorte libre.» Et d'énumérer les dépenses «sans limites» consenties par le canton de Berne pour mettre Werner K. Rey en accusation, la politique d'information biaisée du procureur, son lobbyisme pour que la loi sur l'entraide pénale soit assouplie, la pression médiatique, autant de circonstances qui rendent «illusoires» les garanties d'un procès équitable. «Il est facile de créer une ambiance en accusant Werner K. Rey d'être un homme froid et socialement dangereux, qui aurait mis l'économie de la Suisse entière en péril: le droit pénal ne s'occupe pas encore de la croissance du produit intérieur brut.»