Fribourg sera dans les temps pour la mise en place de «sa» Haute école pédagogique qui accueillera dès l'automne 2002 la première volée d'étudiants détenteurs d'un baccalauréat. Désormais, comme dans toute la Suisse, les institutrices et instituteurs seront formés différemment. Le cycle d'études générales en cinq ans, dès l'âge de 16 ans, sera remplacé par une formation spécialisée en trois ans, dès 20 ans. L'obtention préalable d'un baccalauréat sera la règle mais une procédure d'admission sur la base d'autres diplômes complétés par une année préparatoire, sera également offerte.

Fribourg a choisi une solution modeste et morcelée pour la formation de ses enseignants. Alors que les cantons de Neuchâtel, du Jura et la partie francophone du canton de Berne se sont regroupés pour créer une Haute école pédagogique (HEP) intercantonale englobant enseignants primaires et secondaires, Fribourg a flirté avec le seuil minimum de 300 élèves en créant une HEP locale comprenant deux sections, alémanique et française, pour les seuls enseignants primaires.

«Nous ne voulions pas perdre de temps», explique Augustin Macheret, chef du Département de l'instruction publique, qui a préféré l'évolution plutôt que la révolution. La création d'une HEP pour tous les enseignants du canton aurait entraîné une réforme de l'Université qu'il jugeait trop complexe à réaliser. La HEP, qui délivrera ses premiers diplômes en 2005, devra toutefois se rapprocher progressivement de l'Université, notamment par la mise en place de troncs d'enseignements communs, d'un service de recherche, et d'une étroite collaboration pour la formation continue de l'ensemble des enseignants.

La particularité de la HEP fribourgeoise sera d'offrir une filière bilingue. Elle aura également pour mission d'exiger des diplômés la capacité d'enseigner une discipline en allemand pour les francophones, et en français pour les germanophones.

Si la Haute école pédagogique, recommandée en 1995 par la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique, était déjà opérationnelle, le canton de Fribourg ne vivrait sans doute pas dans la crainte d'un refus du bilinguisme scolaire inscrit dans la loi soumise à référendum le 24 septembre.

Une part de la résistance à ce bilinguisme par immersion dès l'école enfantine provient en effet de maîtres primaires désorientés par la future pratique de deux langues d'enseignement.