Je suis Valaisanne, née catholique, élevée dans la tradition lefebvriste et mariée à un musulman, depuis plus de 20 ans. Quand je me suis mariée, tout le monde m’a demandé: «Alors, tu t’es convertie?» Ma réponse: «Pas du tout!» Mon mari, d’origine palestinienne, ne m’a jamais demandé de me convertir et nos deux enfants, de 15 et 17 ans, ne sont d’aucune religion. Ils feront leur choix plus tard, s’ils en ont envie. Par contre, ma propre famille, quand elle a appris que j’allais épouser un musulman, m’a ordonné de faire un choix: soit mon mari se convertit au catholicisme et mes enfants sont élevés dans la foi chrétienne, soit je ne fais plus partie de la famille.

Pour moi le choix était clair: mon mari ne m’a pas imposé l’islam, je n’allais donc pas lui imposer ma religion. Voilà. Je vous livre ce témoignage car l’islam est souvent diabolisé, décrit comme une religion intolérante. Or dans mon histoire, c’est l’intégrisme catholique qui a fait mal.

Ma famille a coupé les ponts avec moi pendant dix ans. Ils ne sont pas venus à mon mariage, ils n’ont pas réagi à la naissance de mes enfants. Nous n’avons pas été invités aux nombreuses fêtes de famille, aux différents mariages etc. Sur mes cinq frères et sœurs, seule une sœur m’a soutenue. Quand un de mes frères a eu un grave accident de montagne et qu’il a failli mourir, cela a été comme un électrochoc pour mes parents. Mon père a repris contact avec moi et a fini par accepter la situation. Avant de mourir, il a même admis, dans une lettre, que mon mari était plus honnête que certains Chrétiens. Je ne veux pas critiquer ma famille, qui nous a finalement acceptés. Mais cette situation était vraiment difficile à vivre. Et pour moi, il est important de montrer qu’on peut avoir un mari musulman, qui vit sa foi, qui ne boit pas d’alcool et ne mange pas de porc, mais qui ne vous impose rien.

Les amalgames faits dans le cadre de la campagne anti-minarets à cause d’une poignée d’intégristes me désolent. Tous les musulmans que j’ai rencontrés en Suisse sont tolérants et intégrés. D’ailleurs, j’ai plusieurs amies qui sont mariées à des musulmans et qui vivent sereinement cette double culture religieuse.

Jusqu’au 29 novembre, «Le Temps» donne la parole à des musulmans de Suisse, croyants ou non. Plus sur www.letemps.ch

L’Islam et moi