Accalmie, mercredi, sur le front des feux de forêt en Suisse. Sur les hauteurs du lac Majeur, à la frontière entre le Tessin et l'Italie, le brasier qui a ravagé 200 hectares a été maîtrisé, fort heureusement sans avoir menacé les 650 habitants du village de Ronco. Mardi, cinq hectares de sapins et de feuillus étaient partis en fumée à Château-d'Œx. Ces feux de forêt s'ajoutent à une longue liste de brasiers depuis quinze jours: Arbaz, Beuson et Salvan en Valais, Urnäsch en Appenzell, Oberägeri à Zoug ou Dietgen à Bâle-Campagne.

Dans un ordre dispersé, par prévention ou en réaction aux incendies, dix-sept cantons ont interdit d'allumer des feux et des barbecues. Vaud et le Valais ont rejoint la cohorte mercredi, Neuchâtel l'avait fait mardi.

L'annonce était très attendue en Valais. Le Conseil d'Etat promulgue une interdiction stricte de faire du feu en plein air et demande de «tout entreprendre pour préserver nos forêts, prairies, moyens et zones d'habitations». Autre mise en garde valaisanne: la sécheresse est telle que «les orages ou les pluies de courte durée n'influenceront que très peu la situation de danger actuelle. La situation ne peut s'améliorer que dans le cas d'une pluie persistante d'au moins trois jours».

L'interdiction vaudoise est moins sévère. Elle s'applique aux forêts, jusqu'à dix mètres de leurs lisières et à proximité des roselières. Neuchâtel, comme le Jura, n'ont édicté qu'une interdiction partielle: pas de feu en forêt ou à leur lisière, mais les feux dans les barbecues et les endroits appropriés, sous surveillance, sont tolérés.

Le Jura pionnier

Plus de feu en forêt ou en plein air, désormais, aux Grisons, au Tessin, à Lucerne, Glaris, Unterwald, Uri, Schwyz, Zoug, Appenzell, Thurgovie, Saint-Gall, et dans le Jura.

L'interdiction jurassienne fut l'une des premières, le 18 avril déjà. «Il n'est pas nécessaire d'attendre que 200 hectares aient brûlé», explique Michel Monnin, chef du Service forestier jurassien. Sa vigilance a été alertée par deux incidents, certes mineurs, deux débuts d'incendie sans grande importance et qui n'avaient pas défrayé la chronique, près de Bonfol en Ajoie et au bord du Doubs. Dans un cas, un paysan qui brûlait du bois a été débordé par les flammes: dans l'autre, quelqu'un a intentionnellement mis le feu à un tas de bois. «Ce fut pour moi la sonnette d'alarme, surtout que ces feux sont survenus dans des zones généralement humides.»

Avec 47% de son territoire recouvert par la forêt et les pâturages boisés, le Jura voue un soin particulier à l'espace forestier. Les interdictions d'y faire du feu sont fréquentes, «habituellement en été, aux alentours du 1er août», mais rarement au printemps. «Il y a un précédent, en 2001 ou 2002», dit Michel Monnin.

Ainsi, l'interdiction d'allumer des feux en forêt dépend du zèle ou de l'attentisme des cantons. «Il n'y a en effet pas de coordination. Tout au plus a-t-on reçu une circulaire de la Confédération, après que notre interdiction a été prononcée», relève encore le Jurassien. Réchauffement climatique oblige, faudra-t-il s'habituer aux interdits forestiers ou aux incendies de forêts fréquents? «Peut-être», admet presque résigné Michel Monnin. Qui veut toutefois rassurer. «Nos forêts sont correctement entretenues, c'est un bon point. Il y a bien des surfaces mises en réserves, qui sont laissées à leur libre développement. Mais, en général, des coupes de bois sont régulièrement opérées. On pourrait encore en abattre davantage.» Après Lothard, le marché du bois s'est asséché, décourageant les propriétaires forestiers. «Mais ce marché se porte nettement mieux, en particulier pour le bas de gamme.»

Faudra-t-il prévoir une carte des forêts à risques? «Nous n'avons rien de tel, concède Michel Monnin. Nous nous appliquons par contre à réaliser le plan des forêts protectrices.»