Le randonneur à ski est-il le nouvel ennemi juré de la faune sauvage? Les autorités vaudoises, qui annonçaient cette semaine une réduction du nombre d’attaques d’ovins par le loup, s’inquiétaient en même temps de la trop lente reconstitution des populations de chevreuils et de chamois dont elles attribuent la régression de ces dernières années aux conditions climatiques rudes, mais également au «dérangement par les sportifs.»

L’amour-propre des amis de la nature en prend un coup. Le randonneur, son pique-nique et ses certitudes, serait moins bon élève qu’il ne le pense. L’angoisse des biologistes n’est pas encore proportionnelle à l’augmentation des pratiquants, mais les constats sur le terrain commencent à être suivis de mesures en Suisse romande. On trace, ici et là, dans les hautes neiges, de nouveaux périmètres de protection des espèces.

L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et le Club alpin suisse (CAS) ont lancé l’an dernier une campagne de sensibilisation (Respecter, c’est protéger) et délimité des zones de tranquillité. Une carte sera présentée la semaine prochaine aux médias. La démarche est purement didactique, sans base légale. On peut néanmoins aller au-delà de l’invitation au discernement. Certains cantons, comme les Grisons, Uri, Lucerne ou le Valais ont mis en place des «zones de tranquillité» ayant force légale.

Le professeur en biologie de la conservation Raphaël Arlettaz, de l’Université de Berne, a mené une série d’études, entre 2002 et 2007, qui ont quantifié l’impact des sports d’hiver sur l’abondance des populations du tétras-lyre (ou petit coq de bruyère). Les oiseaux sont soumis à un stress intense dans les zones très parcourues et la diminution des effectifs est de 36% dans les secteurs où on trouve des installations de remontées mécaniques. C’est sans compter les effets de la randonnée et du hors-piste.

Comment y remédier? En délimitant des zones de refuge hivernal. Les chercheurs ont mesuré l’intensité des conflits actuels et à venir entre faune sauvage et sports d’hiver. Cette cartographie a permis de localiser trente-trois «zones de conflits majeurs». Il s’agit maintenant de délimiter des périmètres de quarante hectares à l’intérieur de ces zones pour offrir à l’espèce un refuge d’hiver digne de ce nom.

Pour Raphaël Arlettaz, «l’objectif serait, à terme, de prononcer l’interdiction d’accès à ces zones, peu nombreuses et de surface restreinte, de les baliser, en veillant à harmoniser le balisage dans l’ensemble du pays». On en est loin. Ce travail doit se faire en coordination avec les cantons.

Coincées entre le tout-à-la-montagne et l’intégrisme écologiste, certaines stations font aussi leur possible pour concilier les intérêts des uns et des autres aux abords des domaines. A Zermatt des zones de protection de la faune et des forêts balisées sont interdites d’accès sous peine de retrait de l’abonnement.