SOCIETE

Internet a fait bondir l’intérêt des jeunes pour la politique

Les jeunes Suisses qui se disent intéressés par la vie politique sont presque deux fois plus nombreux qu’en 2003. Le résultat d’une politique plus spectaculaire? Plutôt celui de l’apport des nouvelles technologies

C’est l’un des résultats dévoilés vendredi à Berne par l’équipe de chercheurs du projet YASS (Young Adult Survey Switzerland). Les jeunes Suisses ont glissé à droite depuis 2006 et ils sont bien plus nombreux à se dire intéressés par la politique (25% en 2003 contre 44% en 2011).

Les auteurs de cette nouvelle étude se basent sur les réponses d’un questionnaire adressé à tous les jeunes conscrits de 19 ans en 2010-2011 par le biais des centres de recrutement de l’armée. Ces enquêtes ont été complétées ensuite par des sondages réalisés auprès de jeunes femmes de 19 ans, âge charnière du passage à la vie d’adulte. L’équipe de chercheurs va répéter l’exercice sur la durée dans le cadre du projet YASS, ce qui permettra pour la première fois en Suisse de dégager des tendances et évolutions dans les valeurs et comportements de la jeunesse suisse.

Je mettrais ce regain d’intérêt davantage en lien avec les changements technologiques qu’avec Christoph Blocher

L’évolution de l’intérêt des jeunes pour la vie publique coïncide avec la poussée de l’UDC, l’élection de Christoph Blocher au Conseil fédéral en 2003 puis son éviction en 2007, les initiatives sur les minarets, sur l’expulsion des «criminels étrangers», bref, une politique plus spectaculaire et polarisante. Une hypothèse fondée? «Elle est intéressante, sourit Sandro Cattacin, professeur à l’Université de Genève. Mais je mettrais ce regain d’intérêt davantage en lien avec les changements technologiques qu’avec Christoph Blocher. L’accès à la politique s’est accéléré et facilité. La moitié des jeunes s’informent par Internet. On l’a vu lors du vote sur l’initiative sur l’expulsion des «criminels étrangers» ou avec l’émergence du groupe Libero. Les jeunes ont une capacité de se mobiliser et une facilité d’utilisation pour participer au débat.»

Les canaux d’information utilisés désormais par les jeunes Suisses pour s’informer sur la politique ont évolué en conséquence: en 2011, 57% des sondés indiquaient s’informer sur la politique grâce aux journaux, sur Internet ou dans des journaux gratuits (31% en 2003). Ils étaient 45% à s’informer en regardant la télévision (67% en 2003), 33% en écoutant la radio (69% en 2003).

Femmes et jeunes naturalisés en retrait

Et la participation à la vie publique? Les jeunes sont deux fois plus nombreux à indiquer leurs opinions politiques sur Internet, par Facebook notamment (10%) qu’à s’engager au sein d’un parti (4%). 64% des jeunes adultes suisses votent, mais il reste un grand écart entre la participation au vote des jeunes sans formation (45%) et celle des jeunes au bénéfice d’une formation gymnasiale (79%).

Deux points interrogent les auteurs de l’étude à ce stade: les jeunes femmes s’intéressent significativement moins à la politique que les jeunes hommes, tandis que la participation aux élections et aux votations demeure moins importante parmi les jeunes nés de parents étrangers. Des efforts devraient être faits pour stimuler l’intérêt des femmes pour la politique et des mesures prises pour augmenter la participation des jeunes naturalisés et parvenir à une meilleure représentation de la population suisse dans le comportement électoral, plaident les auteurs de la recherche. Une meilleure représentation qui pourrait profiter à la gauche: les jeunes Helvètes nés de parents étrangers s’inscrivent plus fortement à gauche (46%) que les jeunes nés de parents suisses (26%). 

Discrimination liée au genre à l'école

Autre résultat du premier rapport YASS, 6% des jeunes Suisses n’ont pas achevé de formation de degré secondaire II (formation professionnelle ou formation générale gymnasiale) à l’âge de 19 ans. Les jeunes femmes sont plus touchées, en particulier les jeunes romandes (11%). Or, pour ces personnes, le risque de chômage de longue durée ou d’emploi à des conditions précaires est élevé, note le rapport. «Il y a une discrimination des femmes par rapport à l’accès au marché du travail. L’école travaille à l’égalité des chances mais il reste une discrimination liée au genre», précise Sandro Cattacin. 

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