Pierre Grandjean est syndic de Senarclens, une commune de 340 habitants dans le district de Cossonay. C'est aussi un homme dynamique de 52 ans et un banquier, qui a fait toute sa carrière à la Banque Cantonale Vaudoise et dont il dirige aujourd'hui le secteur boursier. C'est ce radical que l'Union des communes vaudoises (UCV) a désigné hier par acclamation comme nouveau président. La période est cruciale: l'un des grands chantiers de modernisation de l'Etat consiste précisément à fixer de nouvelles règles du jeu entre le canton et les 385 communes. Entretien.

Le Temps L'UCV dont vous prenez la présidence, réunit près de 400 communes. Le canton en a-t-il besoin d'autant?

Pierre Grandjean: C'est à leurs habitants de décider. Il ne faut pas imposer de fusions: ce serait prendre les choses par le mauvais bout, effrayer, je dirais même retarder le processus. La fusion ne peut survenir que comme étape ultime entre des communes qui collaborent déjà dans beaucoup de domaines.

– Qu'est ce qui incitera ces communes à ces rapprochements?

– Leur propre revendication de recevoir plus de compétences, par exemple dans le domaine de l'aménagement du territoire. Mais pour assumer de nouvelles tâches, il leur faut disposer d'infrastructures que la plupart d'entre elles n'ont pas les moyens de financer seules. Pensez à l'établissement d'une liaison informatique directe avec l'Etat. C'est tout l'enjeu du projet de désenchevêtrement des tâches entre l'Etat et les communes, dont l'inventaire vient d'être réalisé.

– Comment allez-vous convaincre des communes dont les intérêts divergent?

- Ce ne sera pas facile, mais elles doivent comprendre que les écarts fiscaux sont devenus tels qu'ils ne sont plus supportables. L'égalité des citoyens devant la loi, garantie par notre Constitution, est-elle respectée lorsque, selon votre domicile, vous pouvez payer jusqu'à 3,5 fois plus d'impôts? Si elles veulent conserver leur compétence de lever l'impôt, les communes doivent donner du mou à la corde avant qu'elle ne casse.

– Jusqu'où peut-on admettre des disparités fiscales entre les communes?

– Pierre Grandjean: Une fourchette de taux d'impôt communal allant de 70% à 110% de l'impôt cantonal de base me semble supportable. La situation actuelle, où l'écart va de 40% à 140%, ne peux plus durer. En revanche, je me battrai toujours contre l'imposition d'un taux unique.

– Etes-vous favorable à une solidarité financière directe entre les communes riches et les pauvres ?

- Il faut étudier un tel instrument. Chaque commune pourrait alimenter un fonds de péréquation avec un certain nombre de points d'impôts. Le montant obtenu serait redistribué aux communes en fonction de leur classification financière. Reste à savoir si l'initiative doit être empoignée par le comité de l'UCV ou les partis politiques: c'est une question de tactique.

– Très bientôt, vous devrez négocier avec le Conseil d'Etat la contribution de solidarité des communes au budget 1999. Nombre d'entre elles rechignent pourtant à payer leur écot des années précédentes.

- Mon espoir est que nous parvenions à faire notre propre proposition au gouvernement avant fin juin. Nous y avons tout intérêt. Pour le canton, l'essentiel est le montant global: une quarantaine de millions. Pour les communes, il est déterminant de savoir ce qu'on fera avec cet argent. Elles préfèrent payer pour une tâche spécifique plutôt que pour une caisse générale souvent perçue comme un tonneau percé. Les communes pourraient peut-être financer le fonds destiné à soulager celles qui, malgré de pauvres moyens, doivent assumer la scolarité de nombreux élèves.

– Les centres urbains n'ont-ils pas besoin d'un statut particulier?

– La ville de Lausanne, certainement. Elle assume de lourdes tâches dans le soutien aux toxicomanes ou aux oubliés de la prospérité, alors que cette population est loin d'être uniquement lausannoise. Reste à trouver une méthode permettant de chiffrer les dépenses qu'elle assume seule mais qui sont de caractère cantonal.

Propos recueillis par Yelmarc Roulet