La plus grande caisse maladie de Suisse romande, Intras, va devoir procéder à une augmentation extraordinaire de ses primes dans l'assurance obligatoire en cours d'année. Il s'agit ainsi d'éviter que l'exercice 2003 se solde par une nouvelle perte alors que les réserves de la caisse sont déjà totalement épuisées.

Entre 2000 et 2002, la caisse basée à Carouge (GE), qui est active dans tout le pays, a réalisé un déficit technique s'élevant bon an, mal an entre 35 et 45 millions de francs. L'an dernier est venue s'y ajouter une perte d'une trentaine de millions de francs en Bourse, précise le directeur général de la caisse, François Barman. Déjà inférieur au minimum légal de 15% des primes à fin 2000, le taux de réserves a fondu en parallèle, atteignant même une valeur négative à fin 2002 (-2%).

François Barman insiste toutefois sur le fait qu'Intras «n'est pas en cessation de paiement». Elle continue à «générer un cash-flow positif» et à «disposer de 400 à 500 millions de francs de provisions qui garantissent sa liquidité». «Dans un an, on ne parlera même plus de problèmes chez Intras», croit-il même pouvoir affirmer.

A l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS), l'appréciation de la situation n'est apparemment pas aussi optimiste. A tout le moins y surveille-t-on l'évolution des choses de très près. «Berne est paniquée à l'idée qu'Intras puisse lui claquer dans les bras», affirme un acteur du marché, soulignant l'impact colossal qu'aurait une déroute de la sixième caisse du pays.

Pour François Barman, c'est l'OFAS qui est largement responsable de la situation. «Durant des années, il y a eu une forte pression politique pour que nous diminuions nos réserves. Les primes n'ont pas été augmentées autant que nécessaire quand il l'aurait fallu», ce que la caisse paye maintenant. A l'OFAS, on réfute pour l'essentiel ces critiques, soulignant que ce sont «fondamentalement les caisses qui sont responsables du niveau de leurs primes».

Auprès des acteurs du marché, on souligne qu'Intras se profile depuis des années comme une caisse «de qualité», mettant l'accent sur «le service» à la clientèle. «Dans l'esprit des gens, cela signifie simplement que la caisse rembourse tout sans sourciller et sans contrôle. Ce qui est vrai ou du moins l'a longtemps été», précise l'un d'entre eux. La caisse aurait des coûts élevés en regard de la moyenne d'âge relativement basse de ses assurés (36 ans). Financièrement, Intras se trouverait ainsi doublement pénalisée, puisqu'elle doit alimenter le fond de compensation des risques au profit des caisses dont les assurés sont plus âgés. Fait incontesté: les coûts ont connu une progression beaucoup plus forte chez Intras que chez la concurrence ces dernières années.

Certains voient aussi un problème structurel dans le fait qu'Intras a été fondée et est toujours contrôlée par La Genevoise, La Vaudoise et La Suisse Assurances. Autrement dit, trois assureurs privés qui «se désintéressent en soi de l'assurance maladie et ne voient guère dans Intras qu'un vivier de clients potentiels pour l'assurance vie, voiture ou choses», selon un observateur du marché. Cette situation ne serait pas propice à une saine gestion de la caisse, voire source de pratiques contractuelles s'effectuant au détriment d'Intras.

La hausse extraordinaire des primes s'appliquera dès le 1er octobre. Elle devrait atteindre 6 à 12% selon les cantons, lit-on dans une circulaire adressée aux services externes et aux collaborateurs de la caisse. Intras espère ainsi améliorer ses résultats 2003 «de 30 et 40 millions de francs».

Selon François Barman, il n'est pas exclu que la caisse renonce finalement à cette hausse extraordinaire. «Les chances sont à 50-50. Cela dépendra des chiffres définitifs de la clôture des comptes à la mi-2003. Une décision définitive sera prise lundi», précise-t-il.

Le son de cloche est assez différent à l'OFAS. «Le principe d'une hausse au 1er octobre est acquis. Reste à en déterminer le niveau», précise Daniel Wiedmer, de l'OFAS. Selon lui, la hausse pourrait être inférieure «mais aussi supérieure» à ce qu'annonce la circulaire d'Intras.

Daniel Wiedmer n'exclut pas par ailleurs qu'une nouvelle hausse de la prime de base chez Intras soit nécessaire déjà trois mois plus tard, au 1er janvier 2004. Et ce malgré le fait qu'à cette même date entreront en vigueur diverses mesures décidées par Pascal Couchepin qui allégeront les comptes des caisses – hausse de la franchise minimale et de la participation aux frais, rabais de primes rabotés pour les franchises à option.