Un tour pour rien. C'est le constat qui s'impose après les entretiens de la Maison de Watteville de vendredi. Consacrée à l'avenir de la politique financière et aux possibilités d'abandonner certaines tâches assumées par la Confédération, la réunion n'a débouché sur aucun résultat. Faut-il s'en étonner? Non, bien sûr. Les divergences en matière de politique financière sont telles qu'aucun consensus n'est possible. Entre l'UDC, qui propose de réduire le budget de près de 5 milliards en trois ans, et le PS, qui ne fait pas de l'équilibre financier son cheval de bataille, il y a un monde. Un monde que les deux partis du centre ne parviennent pas à combler.

On en est donc resté aux grandes généralités. Promue porte-parole des partis gouvernementaux pour l'occasion, la présidente ad interim du Parti radical, Marianne Kleiner, a résumé les maigres points de convergence: les partis considèrent que la dette a quelque chose de «déstabilisant», qu'il est nécessaire de «se redonner une marge de manœuvre financière», que «la méthode de la tondeuse utilisée jusqu'à maintenant n'est pas satisfaisante» et que le Conseil fédéral doit passer au scanner les tâches exécutées par son administration. Il n'y a là rien de nouveau. Pire: chaque parti interprète ces considérations à sa manière. S'ils admettent tous qu'il faut «se redonner une marge de manœuvre financière», les partis divergent sur la finalité de cette déclaration. Certains le souhaitent pour pouvoir baisser les impôts, d'autres pour réduire la dette, d'autres encore pour pouvoir prendre en charge de nouvelles tâches. Aucun consensus n'est possible et les entretiens de vendredi n'y ont rien changé.

«Avoir des variantes avec les conséquences concrètes»

Selon Marianne Kleiner et le porte-parole du Conseil fédéral Achille Casanova, les partis et le gouvernement sont cependant d'accord de s'interroger sur les conséquences de divers scénarios, comme la réduction des dépenses fédérales de 20, 30 ou 40%. Cette requête, qui porte la griffe de Christoph Blocher, équivaudrait à amputer le budget fédéral de 10 à 20 milliards. Sommé de se livrer à cet examen, Hans-Rudolf Merz devra présenter à ses collègues «les moyens de procéder à cet exercice», que les partis reconnaissent néanmoins «aventureux», concède Marianne Kleiner. On parle déjà de confier des mandats à des experts externes. Pour quoi faire? «Pour avoir des variantes, avec, dans chaque cas, les conséquences concrètes», répond Achille Casanova. Fort bien. Mais est-il justifié de dépenser des dizaines ou des centaines de milliers de francs en mandats d'experts pour arriver à la conclusion que de tels remèdes de cheval sont irréalistes? On sait que les dépenses fédérales consistent en bonne partie en des transferts qui profitent à d'autres, notamment aux cantons. On n'a pas besoin d'experts pour deviner que de tels scénarios auraient des conséquences graves et plus déstabilisantes que la dette.

Perte de temps et d'argent

Se lancer dans de coûteuses radiographies du budget fédéral n'est qu'une perte de temps et d'argent. Il est assurément plus réaliste de se concentrer sur le dépistage d'activités que la Confédération n'a plus besoin d'assumer. Il y en a. Sur ce plan, la réforme de la péréquation financière et de la répartition des tâches (RPT) trace quelques pistes. Mais on peut aller plus loin, par exemple dans le secteur de l'aide au logement ou par la remise en question de missions que les offices fédéraux se sont attribuées eux-mêmes au fil des années. La différence, c'est qu'il n'y a pas besoin d'experts extérieurs pour se livrer à une telle réflexion.