Le chiffre est suffisamment impressionnant pour figurer parmi les arguments de poids dans le débat qui enfle autour de la révision de l'AVS. 43% des employés du bâtiment meurent ou deviennent invalides avant de parvenir à l'âge de la retraite. Bien plus encore: le risque d'invalidité entre 45 et 65 ans est sept fois plus élevé pour les travailleurs de la construction, cantonniers et autres manœuvres d'usine que pour les professions du tertiaire; celui de mourir, trois fois plus élevé. «Qu'il y ait une disparité ne me surprend pas. Mais l'importance de cette inégalité est choquante», commentait lundi Vasco Pedrina, président du Syndicat industrie et bâtiment (SIB). Après vérification auprès des caisses de pension paritaires et dans les statistiques de l'AI, son organisation est parvenue à la conclusion que ces chiffres, fruits d'une étude menée par le canton de Genève auprès de 5137 hommes nés entre 1925 et 1927, étaient transposables à tout le pays. «Il n'empêche: pour commencer, nous demandons à la Confédération de mener une étude sérieuse au plan national.»

Question revendications, le SIB n'en restera pas là. «Il faut agir à trois niveaux, affirme Vasco Pedrina. L'âge de la retraite, la prévention, et, plus fondamentalement, les conditions de travail.» Ainsi, le syndicat demande une révision partielle de la loi sur le travail, en particulier pour que le temps de travail – en moyenne 10 heures par jour sur les chantiers d'autoroute, dit Vasco Pedrina – soit limité: «Selon l'étude genevoise, ce n'est pas tant la pénibilité que le stress dû à l'accumulation des heures et à la précarité de l'emploi qui est néfaste.»

En ce qui concerne le droit à la retraite, ces chiffres poussent le SIB à appuyer les deux initiatives sur lesquelles les Suisses se prononceront en novembre (Le Temps du 28 août): l'une de l'USS et de la Société suisse des employés, l'autre des Verts, elles demandent toutes deux la retraite flexible à 62 ans. Le syndicat voit aussi d'un bon œil la proposition du conseiller national Stéphane Rossini (soc./VS). Il prône le droit à la rente complète après 40 ans de cotisation, quel que soit l'âge du cotisant. Seule réserve: le SIB préfère renoncer à ce que les années d'apprentissage soient prises en compte dans des professions particulièrement pénibles, ce qui permettrait pourtant à ces travailleurs de s'arrêter à 56 ans: «Nous préférons nous battre en priorité pour de meilleures conditions de travail, explique Vasco Pedrina. A quoi bon prendre sa retraite à 56 ans, si l'on est déjà usé?»