Peut-on encore sauver Bernard Rappaz? Peut-on éviter la mort forcément tragique du chanvrier qui mène une grève de la faim pour contester la peine de 5 ans et demi de prison que lui a infligée la justice valaisanne? A cette question qui le taraude depuis des semaines, le sociologue valaisan Gabriel Bender répond «oui». A condition de trouver une sortie de crise «honorable».

Sa conviction est que cette issue doit être politique: Il incombe de trouver une solution ailleurs que dans la confrontation entre l’Etat du Valais et Bernard Rappaz», a-t-il confié au Temps. Cette solution implique la nomination urgente d’un médiateur qui soit un acteur non impliqué dans le conflit. Il songe par exemple à l’ancien magistrat neuchâtelois Thierry Béguin. Un accord extrajudiciaire devrait être conclu à l’issue de tractations qui se tiendraient hors des caméras.

Ancien député socialiste au Grand Conseil valaisan, enseignant à la Haute Ecole Santé-Social de Sion, intellectuel respecté dans son canton, Gabriel Bender agit au nom de valeurs humanistes et chrétiennes. «On est arrivé à un point où il faut que des poids lourds politiques ravalent leur fierté, se montrent créatifs et inversent la dynamique.» Pour enclencher ce processus vertueux, pour que ses «amis politiques qui ont beaucoup de pouvoir se bougent avant qu’il ne soit trop tard», Gabriel Bender lance un appel solennel. Il y défend l’idée selon laquelle «Rappaz a pris en otage Bernard». Il y exprime son peu de sympathie pour le premier, mais son attachement au second. Il interpelle des locomotives politiques: Christophe Darbellay, le président du PDC suisse, parti dominant en Valais; Jean-René Germanier, conseiller national radical-libéral qui présidera l’Assemblée fédérale en 2011; Stéphane Rossini, conseiller national socialiste; Ueli Leuenberger, le président des Verts suisses.

Depuis plusieurs jours, «Le Temps» publie dans ses colonnes des textes de ses journalistes et d’experts extérieurs à la rédaction sur l’affaire Rappaz et les questions qu’elle pose à la société. Dans un éditorial paru le 8 juillet 2010, le journal a défendu que la seule solution possible était politique et devait se nouer en Valais. Dans la foulée de cet engagement éditorial, «Le Temps» a accepté de publier l’appel de Gabriel Bender, qui prône justement un sursaut politique pour échapper à la logique absurde et funeste du chantage à la mort.